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Qui a peur du féminisme au Gabon ?

Le site de la Liberté - Mengue M'Eyaà le Lundi 23 Mai 2016 à 10:29 | Lu 2061 fois



Alors que l'objectif démocratique est à portée de vue en août 2016, après 47 ans de régime Bongo, les conditions de vie des Gabonaises doivent faire partie des sujets incontournables de la nouvelle République que nous voulons.

Les forces politiques s'organisent en vue de la chute des Bongo en place au pouvoir depuis 1967, mais le sujet ne peut plus être évité et doit donner lieu à de nouvelles politiques publiques: quelle place et quelle vie pour les femmes gabonaises?

Parmi les maux instaurés depuis 50 ans, il y en a un qui concerne la condition des femmes et la difficile conception de l'égalité femmes-hommes qui devrait exister dans ce pays comme partout dans le monde.

Bien sûr, le régime peut tenter de se flatter d'avoir un certain nombre de femmes sur des fonctions officielles élevées. Mais, le mode de sélection et le choix des personnels politiques ne doivent rien au hasard Il est simplement le produit de calculs politiques, plutôt que celui d'une conception éclairée de l'égalité femmes-homme, ou du respect de la femme en tant que personne ,

Pendant toute la longue période d'Omar Bongo (1967-2009), «l'économie libidinale », selon l'expression d'Achille Mbembe (dans « Afrique (s) indocile (s)), était le principal mode de fonctionnement du recrutement politique.

A de rares exceptions, peu de femmes ont véritablement pu évoluer au plan politique sans qu'elles n'aient eu à faire face à ce que l'on appellerait le « harcèlement » en politique. Le Parti unique avait mis en place des « groupes d'animation » de femmes qui étaient organisées dans toutes les provinces du Gabon. Ces femmes avaient une fonction « récréative » autour de la danse et de la fête permanente que le régime entretenait pour déstructurer le tissu familial. Ce mode d'organisation, en déclin sous ses formes les plus évidentes, a imprimé durablement une image dégradante des femmes jusqu'à aujourd'hui ,et la représentation de celles-ci.

De manière plus générale, en l'absence de changement démocratique au Gabon, la condition des femmes demeure la grande absente du progrès que des citoyens et citoyennes peuvent attendre d'une République moderne.

Les femmes continuent à être reléguées à des fonctions maternelles ou domestiques, comme pour signifier que la « grande » politique est affaire d'hommes.

Par exemple, sait-on que le droit successoral est fortement marqué par la prédominance des hommes sur les femmes ? Sait-on aussi qu'il existe des rites « punitifs » pour les femmes récemment veuves subissent toute sorte d'humiliations à la mort de leur mari, comme la tonte des cheveux, ainsi qu' une forme de relégation ?

Au Gabon, toute femme n'est-elle pas responsable de la mort de son époux, quelles que soient les explications scientifiques? Il doit être possible, d'avoir des rituels funéraires pacifiés où la personne humaine est respectée. Il faudrait donc légiférer...
et les mentalités doivent changer.

Aucun alibi ethnico - culturel ne devrait justifier des pratiques violentes, l'abaissement des femmes, car, elles sont présentes à égalité, dans les différentes traditions. Elles sont actives dans toutes les sphères de la société gabonaise.

Les organisations politiques ont chacune développé des organisations féminines à côté d'elles. Elle sous tendent ainsi qu'à la répartition de genre entre les hommes et les femmes, correspond une bi-partition de l'organisation sociale et sociétale, et au delà, une hiérarchisation mettant les hommes au sommet.

Il peut arriver que les formations politiques, constituées essentiellement d'hommes, cooptent des femmes présentées comme leaders parce qu'elles traduisent de mieux l’immobilisme. En effet certaines femmes sont les premières à être l'obstacle à l'émancipation des autres femmes. Elles sont alors choisies pour cela.

Heureusement, quelques-unes, qui ne sont pas issues de ce recrutement, tentent de se frayer difficilement un chemin, mais ce n'est pas sans sexisme, ni contestation de leur rôle prédominant ou de leurs compétences.

Ainsi, par expérience personnelle, c'est par la volonté d'André Mba Obame, lui-même, que je fis partie de la délégation constituée d'hommes politiques et de représentants de la société civile reçue à l’Élysée, tout en étant présidente du Mouvement Civique des Femmes et du Mouvement Civique du Gabon. J'étais la seule femme de la délégation. De même, le travail intellectuel mené par des femmes auprès de leaders politiques est parfois minoré voire ignoré. Il faut souvent s'imposer quand on est une femmes politique gabonaise pour ne pas être prise pour une secrétaire et non pas pour une actrice politique de niveau égal.

La polygamie, qui co-existe au Gabon avec la monogamie, est-elle un mode d'organisation d' une société moderne ? L'on peut s'interroger, pourtant, à aucun moment, l'opposition désirant le changement au Gabon, ne semble se poser la question, le régime étant, bien entendu, porteur d'une idéologie traditionnellement rétrograde sur cette question.

Par ailleurs, les églises charismatiques, qui pullulent au Gabon, et qui tentent de prendre le contrôle mental des femmes comme des hommes, n'aident pas, car elles portent un discours sur ces questions totalement réactionnaire, et favorable aux conceptions « maternelles » de la femme. Ces « églises » sont hostiles à toute prise en main de leurs destins par les femmes elles-mêmes, comme sur le thème de la contraception, quasi ignorée au Gabon.

Leur influence ne favorise donc pas la prise de conscience des enjeux de l'égalité femmes-hommes. Or, l'on sait, qu'au Gabon, l'activité économique et commerciale est portée par les femmes, au marché, vues au moment de l'arrestation de plusieurs d'entre elles au marché de Libreville, et mises nues par la police, dans l'administration et dans les entreprises. Elles sont actives, et exercent des métiers variées et utiles au bien commun. Elles sont nombreuses à pouvoir et à vouloir accéder à des fonctions de cadre dans l'administration ou bien dans les entreprises.

Les hommes gabonais se méfient du féminisme qu'ils associent aux valeurs occidentales. Doit-on préférer rouler dans des voitures dernier cri ou porter des habits de grands couturiers européens plutôt que de s'intéresser aux avancées des droits des femmes en occident pour s'en inspirer?

Au contraire, de notre point de vue, le féminisme défend des valeurs d'égalité femmes-hommes utiles à tous et à toutes. De nos jours, des jeunes femmes gabonaises font des études de plus en plus longues, à des niveaux élevés, et ont autant besoin de travailler que les jeunes hommes, or, la vision de la femme qui leur est proposée est celle symbolisée par la « femme allaitante » de femme reproductrice. Il s'agit là d'une vision archaïque, disqualifiée, entretenue par un discours lénifiant et abêtissant, qu'il faut bouleverser.

Les droits des femmes sont les droits de tous, car une société est un tout qu'on ne peut fractionner.
Le féminisme est donc nécessaire au Gabon afin de changer les mentalités. Il faut une prise en compte, sur le mode majeure, du rôle des femmes dans la construction politique et sociale de notre pays bien au delà des problématiques de maternité, auxquelles on les assigne traditionnellement.

C'est dans ce sens que nous interpellons les acteurs politiques du changement au Gabon : un sérieux effort est à faire. On ne peut faire évoluer une société sans que toutes ses composantes avancent d'un même pas.

Le féminisme est non seulement souhaitable au Gabon, mais, loin de constituer une menace, il pourrait être le vecteur d'une meilleure égalité si nous nous y mettons tous et toutes, avant , et après s'être débarrassés du clan Bongo. Le féminisme est un facteur de progrès social, économique et culturel qui convient parfaitement aux valeurs initiales de respect et de droits fondamentaux de toutes les traditions philosophiques du Gabon.

Pour paraphraser Aragon, « la femme gabonaise est l'avenir de l'homme gabonais. » Il y a aujourd'hui un décalage entre la vie des femmes gabonaises et leurs aspirations, or, un projet collectif comme celui de la démocratie, doit être commun et partagé entre citoyens et citoyennes, de façon paritaire.

Partout dans le monde, et la COP 21 l'a récemment réaffirmé, seuls les pays ayant compté sur les femmes ont progressé en matière de développement.


Paris, le 22 mai 2016.

Mengue M'Eyaà
Présidente du conseil exécutif
Mouvement Civique du Gabon

Présidente du Mouvement Civique des Femmes


http://mouvementciviquedugabon2009.unblog.fr

Lundi 23 Mai 2016
Mengue M'Eyaà
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