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Le Choc des interviews pour des questions crues reçoit comme invitée : Claudine Mamona-Cullin.

l'info réelle 7J/7 - Gervais Mboumba, militant des droits de l'homme le Vendredi 27 Septembre 2013 à 04:53 | Lu 10184 fois



Le Choc des interviews pour des questions crues  reçoit  comme invitée : Claudine Mamona-Cullin.
Pour donner plus d’espace à l'élite intellectuelle africaine de la gent féminine surtout, nous lançons un appel pressant aux femmes intellectuelles africaines de bien vouloir se confier au propriétaire des sites : www.gabonlibre.com et www.afrik53.com, afin de se faire connaître pour d’éventuelles interviews, de façon à parler de leurs activités d’ordre professionnel. ..


Aujourd’hui, nous avons déniché une grande dame, une franco-autrichienne qui a bien voulu nous faire l’honneur de nous accorder cette interview…


-Gervais Mboumba : Bonjour madame Claudine Mamona Cullin!
Vous êtes une femme Blanche, pur-sang, avec un papa français et une maman autrichienne pur-sang aussi…Mais vous parlez parfaitement une langue africaine à savoir le Lingala, la langue parlée au Congo- Brazzaville et en RDC, autrement dit, à Kinshasa et à Brazzaville, les deux capitales les plus rapprochées au monde. Est-ce que c’est exact?


-Claudine Mamona Cullin : Oui c’est exact


GM : Racontez-nous comment avez-vous fait depuis le premier jour où vous avez entendu parler le lingala jusqu’à aujourd’hui? Combien de temps cela vous a pris? Où l’avez-vous apprise? Dites-nous dans quelles circonstances? Aussi, à partir de quel âge avez-vous commencé à parler le lingala?


-CMC : ô papa, cela fait beaucoup de question en une fois! Mais bon je vais essayer de répondre dans l’ordre et n’en oublier aucune!...

Mon histoire avec lingala est une longue histoire comme j’aime à la dire….Elle a commencé dans ma jeunesse alors que j’étais encore au lycée….Mon père étant diplomate, nous étions en poste à Vienne et je fréquentais donc le lycée français de Vienne. Je crois que je devais avoir 15, 16 ans quand pour la première fois j’ai eu à faire à la culture congolaise. Au lycée, il y avait les enfants de l’ambassadeur du Congo (Zaire à l’époque) ainsi que quelques autres enfants de diplomates.

Il y avait également certains surveillants qui étaient zairois aussi. Particulièrement actifs dans la paroisse catholique francophone, c’est là que j’ai entendu la première fois des chants en lingala….Cela m’a tout de suite plu et j’ai trouvé cela très vivant (car nos messes étaient plutôt ennuyeuses faut bien le dire!). De fil en aiguille et de fêtes en fêtes (car les zairois de l’époque aimait beaucoup fêter…), je me suis retrouvée au cœur d’un environnement nouveau et fascinant. J’ai découvert la musique, la nourriture et surtout ce lingala que tout le monde parlait autour de moi et qui m’intriguait…

Cela me paraissait comme une langue très gaie et animée…Ma résolution fut donc vite prise : il me fallût apprendre le lingala rapidement…d’autant plus que je m’apercevais que certains « balingaki kotonga ngai », comme on dit, c’est-à-dire parler de moi sans que je comprenne! Donc, une fois le baccalauréat en poche, je me mis en quête de cours de lingala. Je pensais que je trouverais facilement comme quand on cherche à apprendre le norvégien, l’anglais ou le chinois…

Mais je me suis aperçu que cela n’était pas aussi évident que cela! Fort heureusement, j’ai découvert qu’il existait des cours de lingala mais ceux-ci étaient compris dans un cursus universitaire, intitulé « études bantoues », les dites-études se déroulant aux « Langues O’ » (INALCO, Institut des Langues et Civilisations Orientales), à Paris. Je m’empressai donc de m’inscrire et me voilà embarquée dans un cursus qui comprenait outre les cours de lingala, des cours de swaheli, d’histoire, de linguistique, de géographie, d’économie et j’en passe….C’est ainsi que voulant au début juste parler lingala, je me suis retrouvée à apprendre l’environnement et le contexte où cette langue est parlée….Par après j’ai eu à poursuivre d’autres cursus (à la Sorbonne entre autre).

Bref, pour reprendre vos questions, j’avais donc à peu près 18, 19 ans quand j’ai commencé à apprendre le lingala. Cela ne m’a pas pris beaucoup de temps. Une fois compris et acquis la structure particulière des langues bantoues, il ne me restait plus que mettre cela en pratique! Donc au bout de 6 mois, après avoir maîtrisé les bases, il fallait passer de la théorie à la parole et j’ai donc commencé comme tout le monde à balbutier mes premiers mots en lingala….Avec les années et surtout les nombreuses expériences dans les différents milieux de la diaspora congolaise ces premiers balbutiements sont devenus des phrases qui ont rejoint les autres langues que je parle…

Voilà donc un peu la genèse de mon histoire avec le lingala….


-GM : Tout au long du processus d’apprentissage de cette langue, est-ce que vos parents vous ont assisté, ou, tout au moins, étaient-ils contents de voir votre évolution? Question subsidiaire : vous portez même un nom congolais : Mamona. Or au Congo, tous les noms ont pratiquement tous une signification ou explication….Qu’en est-il pour vous?


-CMC : En ce qui concerne mes parents, au début ils étaient sceptiques face à cette option que j’avais choisie….Ils pensaient que cela était une nouvelle lubie et que comme tant d’autres (car il est vrai que je me suis intéressée à beaucoup de choses), cela passerait. Mais au fur et à mesure du temps et voyant que cela ne passait pas, ils se sont fait une raison et étaient contents pour moi. Ils ne m’ont jamais découragé ou mis des embûches sur le chemin!

Au contraire, d’ailleurs ma passion pour l’Afrique et le Congo en particulier, a fait que mon père, qui étant universitaire, germaniste et politologue de formation, s’est vu également attraper le virus de l’amour pour l’Afrique et qu’aujourd’hui il enseigne l’histoire moderne de l’Afrique à l’Académie Diplomatique de Vienne, en Autriche.
Pour ce qui est de la deuxième partie de mon nom « mamona », c’est celui du père de mes enfants qui est d’origine congolaise, particulièrement de la région du Bas-Congo. Il est moitié mundibu et moitié munianga. En langue kikongo cela veut dire « celui qui voit de loin »….


-GM : Une langue ne vit qu’en la parlant. Et dans votre cas, on ne peut qu’être étonné avec quelle aisance et maîtrise vous maniez cette langue! Vous parlez le lingala aussi parfaitement voir bien plus que certains congolais. Vous n’avez pas d’accent et si l’on ferme les yeux, on pourrait croire que c’est une vraie congolaise qui s’exprime…. Vous avez un vocabulaire très riche et je me dis que vous avez dû lire beaucoup de livres. Or, il n’y a presque pas de livres écrits en lingala. Dites-moi : quel est votre secret? Êtes-vous en contact avec le milieu congolais afin de pratiquer cette langue?



-CMC : Merci papa pour tous ces compliments! Vous allez me faire rougir….Il n’y a pas de « secret » à proprement parlé; et d’ailleurs je ne trouve pas que je parle mieux lingala que quiconque, au contraire….Mais il est bon aussi de préciser qu’il y a plusieurs lingala : Le lingala littéraire (ya makanza comme on dit) qui est la langue soutenue et celle que j’ai apprise à la base, le lingala populaire (celui parlé par la population de tous les jours), l’hindoubil qui correspond à un lingala argotique ou encore le lingala parlé par les kinois( dont les particularités sont fascinantes….). Dans mon cas je me situerai plus dans le cadre d’un lingala populaire fort imprégné de la langue française et qui est celui que l’on parle majoritairement dans la diaspora congolaise. Oui j’ai beaucoup de contacts avec la diaspora et je peux même dire que je vis avec elle!

Pour ce qui est des écrits, je suis obligée d’apporter un petit bémol à ce que vous dites car il y a de nombreux ouvrages en lingala. Bien-sûr comparé au français, anglais ou autre, nous sommes loin du compte….Mais justement c’est pourquoi il faut promouvoir la diffusion des livres en langues nationales. Et à ce propos je voudrais encourager le travail de mon ami Bienvenu Sene Mongaba, des éditions Mabiki (www.mabiki.net) qui fait un travail remarquable dans ce domaine, à savoir promouvoir les 4 langues nationales congolaises….

-GM : Vous êtes même entrée de plein pied dans la culture africaine, particulièrement congolaise des deux rives Kinshasa et Brazzaville, car vous mangez de tout! Plus cocasse encore, lors de mes recherches, j’ai découvert une vidéo dans laquelle vous accordiez une interview en parlant des maniocs que vous avez préparé , avec talent et art, en suivant et maitrisant les différences phases de la cuisson; chose que bon nombre de femmes intellectuelles congolaise, ou gabonaises ne savent pas faire, et vous, femme Blanche, ayant fait de longues études à la Sorbonne à Paris, vous mériteriez une décoration culturelle par un chef coutumier de nos village en Afrique!


-CMC : Rires- Ah oui! Mon histoire avec la « chikwange » est également une « longue histoire » comme on dit! Il est vrai que c’est mon accompagnement préféré…au-delà de la semoule, fufu et consort! Et d’ailleurs c’est dans votre beau pays, le Congo Brazzaville et lors d’un séjour dans cette ville, que j’ai eu l’immense honneur d’apprendre à faire la chikwange. J’habitais dans le quartier de Kingouari et pas loin du moulin à fufu. Tous les jours je voyais les dames venir moudre leurs morceaux de manioc pour en obtenir la farine…Cela m’a intrigué. Aussi, les ai-je approchés et demandés qu’elles m’expliquent le processus.

L’une d’elle était voisine de la parcelle où j’habitais. Elle m’a d’abord montré toutes les étapes de la transformation du manioc (de la racine à son aboutissement en passant par la délicate phase de nettoyage). Puis elle m’a envoyé chez une de ces amies qui habitait bas-congo et qui fabriquait la chikwange. Je suis donc allée là-bas et j’ai appris à faire ces fameux « kwanga » que j’aime tant…Ce n’est pas si compliqué que cela….C’est juste délicat! C’est l’équilibre entre le manioc et la vapeur….Et je ne me suis pas arrêtée à la fabrication mais je suis également allée vendre mes produits au marché du coin!!

-GM : Vous êtes une femme Blanche, européenne, donnant cet exemple positif d’intégration inversée face à nos sœurs congolaises…Le malheur est que nombreux de nos compatriotes et frères africains ont oublié leurs racines, langues et cultures au dépens d’une intégration mal comprise et gérée….C’est dommage! Que pouvez-vous leur dire?


-CMC : Ô papa, oui c’est dommage, moi aussi j’ai déjà constaté cela…Mais heureusement que ce n’est pas le cas de tout le monde! En termes de conseil, c’est difficile à dire car je n’ai pas de leçon à donner à qui que ce soit. Chacun fait ses choix en âme et conscience…comme on dit! Tout ce que je puis dire, c’est qu’il faut être fier de ses origines, ne jamais les renier et surtout faire ce travail d’équilibrage entre sa « culture-source » et sa « culture-cible ». Il y a constamment des réajustements à faire! Enseigner aux enfants qui on est, d’où on vient afin de mieux aller là où on va…..

-GM : Quel est votre souhait à présent? Apprendre une autre langue africaine en dehors de la langue lingala?

-CMC : Mon souhait serait de parler toutes les langues du monde! Mais bon, cela est presque mission impossible. En ce qui me concerne, maîtriser les 3 autres langues nationales de mon beau pays d’adoption, la RDC, serait génial! J’ai déjà commencé! Je les comprends un peu et il ne me reste plus qu’à les parler…! Au-delà de cela, les langues bantoues en général me passionnent et pouvoir toutes les maîtriser serait un objectif dont je pourrais être fier à la fin de ma vie!....

GM : Nous vous remercions infiniment madame Claudine Mamona-Cullin, du temps si précieux que vous venez de consacrer pour cette interview, ô combien riche et très intéressante!

Propos recueillis par Gervais Mboumba, militant des droits de l’homme

Vendredi 27 Septembre 2013
Gervais Mboumba, militant des droits de l'homme
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