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L’ombre de Bongo plane sur l’élection présidentielle
Voyage au coeur des bidonvilles de Libreville, où l’on essaye de résister à l’avalanche d’argent et de publicités diffusés par Ali, le fils du potentat, qui brigue la succession de son père.
Dans ce maquis (petit restaurant de bord de route), pas très loin du centre de Libreville, l’ambiance est chaude. Les tables sont pleines de bouteilles de bière vides. Des jeunes, casquettes vissées sur la tête, les yeux enflammés, parlent forts. Assis près d’eux, des « frères », plus âgés, qui paient les boissons, sans discontinuer. À y regarder de plus près, les casquettes sont frappées du sigle du candidat du parti au pouvoir, le Parti démocratique gabonais (PDG, ça ne s’invente pas !), qui n’est autre qu’Ali Bongo Ondimba, le fils du président défunt, qui a régné sur le pays pendant quarante-deux ans, un record. L’image d’Ali Bongo est partout Décédé au mois de juin, il laisse la place vacante, sans avoir désigné un dauphin, semant le trouble dans son propre parti, qui, en son absence, a commencé à se déchirer. Les grands frères ne sont autres que des agents électoraux qui viennent glaner des voix, à grands coups de slogans creux et d’espèces sonnantes et trébuchantes. Un peu à l’écart, dans ce même maquis, Michelle Bella Eko regarde la scène, passablement énervée. Elle a avec elle des tracts destinés aux jeunes, leur expliquant pourquoi la candidature de Paul Mba Abessole est une candidature de changement. « Qu’est-ce qu’il dit ton rigolo ? », l’apostrophe Christian, la bouche pâteuse, la démarche pas vraiment assurée. Michelle le remet vertement à sa place, lui demande de s’excuser avant de le convaincre, lui et ses amis. Elle ajoute : « Les gens d’Ali te donnent de l’argent et paient des bières. Pas de problème », dit-elle. « Tu n’es pas obligé d’être leur esclave. Devant l’urne tu seras tout seul. Prends leur argent et sanctionne-les. » Dans les rues de la capitale gabonaise, la campagne électorale bat son plein. Dans les boutiques, dans les taxis collectifs et, bien sûr, dans les maquis, on ne parle que de ça. L’image d’Ali Bongo est partout, dans un débordement d’argent assez honteux. Son quartier général, en bord de mer, ressemble à une foire d’exposition. Sa chaîne de télévision diffuse en boucle ses différents meetings et ses déplacements en province. Comme les 22 autres candidats en lice pour la présidentielle de dimanche, il prône le changement ! Ce n’est pas le moindre des paradoxes pour un parti qui, en quarante-deux ans, a surtout su se remplir les poches, laissant la très grande majorité de la population dans le dénuement le plus total. Total, c’est évidemment le mot, dans ce pays riche en pétrole, pilier de la Françafrique (lire ci-après). une élection dans la transparence ? Loin des quartiers riches comme Haut de Gué Gué, Michelle Bella Eko et ses amis nous entraînent dans les « mapan » ou les « matiti », littéralement un parterre d’herbes folles, qui, au Gabon, désignent ce qu’il faut bien appeler les bidonvilles. Et ils ne sont pas rares. Dans sa bicoque du quartier d’Atong-Abé (des deux ruisseaux), Honorine Bobebey est en sueur. La chaleur moite qui règne associée au fer à repasser qu’elle manie sans relâche est étouffante. « Arrêtez-moi un peu ça », lance-t-elle à la ribambelle d’enfants pour qu’ils coupent la télévision. « Tu peux rentrer au lieu de faire le bruit là-bas dehors », crie-t-elle encore. Sans interrompre le repassage, sous le regard de toute sa famille, elle dit : « L’Éternel nous a libérés de la prison. L’État de Bongo, c’est fini. Eux, ils pouvaient bouffer tous les jours, pas nous. Ils vivaient dans de belles maisons. Regardez où nous sommes. » À l’extérieur, en effet, pas une route. Ce sont des chemins de terre, complètement défoncés. L’eau des fosses septiques se déverse et stagne. L’odeur est pestilentielle. Des rats crevés traînent à deux pas des enfants qui jouent. Plus loin, des détritus s’amoncellent. Le grincement d’une tôle surprend. Ce sont des toilettes de fortune. « Mes voisins, ce sont les rats », assène Honorine, qui vit avec la retraite de son mari, 100 000 francs CFA (environ 150 euros) par trimestre. Mve Zogo Daniel n’est pas mieux loti, lui qui attend de ces élections que « celui qui gagne le fasse dans la transparence, pas dans le tripatouillage ». Pour lui, le vrai changement serait « que tous les Gabonais bénéficient du partage des biens du pays ». Sa maison, faite de parpaings, n’est toujours pas terminée, faute de moyens, bien qu’il y vive depuis des années. « Lorsqu’on est malade, il faut verser une caution de 100 000 francs CFA à l’hôpital public pour être soigné, sinon on ne s’occupe pas de nous. Et à la pharmacie, c’est cher. » Dans ces conditions, le slogan du Rassemblement pour le Gabon (RPG) du père Paul Mba Abessole fait mouche : « Hôpital cadeau, école cadeau, un toit pour tous, du travail pour tout le monde » (« cadeau » signifiant gratuit dans le français du Gabon). Mais le grand nombre de candidats et les conditions de vote déjà litigieuses obèrent les chances du candidat progressiste. À Libreville, on parle déjà d’un possible couvre-feu dès dimanche soir, du déploiement de l’armée et de l’annonce de la victoire d’Ali Bongo Source : L'Humanite.fr Samedi 29 Août 2009
La Révolution LVDPG
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