Nous voyions venir la bourrasque. Après les feux d’artifice, les paillettes et les ors à Poitiers et à Libreville, voilà le temps des comptes. Selon nos correspondants à Franceville, les chercheurs de l’Université des sciences et techniques de Masuku (USTM), ont dénoncé, au cours d’une réunion, la manière dont a été menée la découverte des fossiles relatifs à l’apparition de la vie sur terre.
Ainsi, elle remonte à plus de deux milliards d’années. Une découverte qui remet en cause la thèse jusqu’ici en cours selon laquelle la vie remontait à 600 millions d’années. Une avancée qui relance, du coup, la recherche dans le domaine.
Que le Gabon soit simplement cité, que l’étudiant inscrit en thèse de doctorat à Poitiers ait reçu le Prix Ogar-Vie de co-découvreur, cela ne suffit pas. Une découverte de cette envergure devait valoir à M. Franck Ossa Ossa, à travers lui le Gabon, mieux qu’un simple décerné à posteriori. Il est vrai qu’un doctorant dont le souci est de parvenir à achever ses études n’est pas en situation de revendiquer plus que ce qu’on lui propose.
Les chercheurs de l’USTM n’ont pas de mots assez forts pour dire que les choses ne se sont pas passées dans les règles de l’art. S’il existe une déontologie dans la recherche scientifique, il irait de soi qu’il y a un minimum à respecter. Lequel commanderait que les deux universités, Poitiers et l’USTM, mettraient en place un protocole. Peu importe que l’annonce de la découverte se fasse en terre gabonaise ou en France, l’essentiel serait qu’elle se fasse conjointement. Ainsi, le Centre national de la recherche scientifique et technique (CENAREST) et son homologue français, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) annonceraient la nouvelle au monde entier.
En ce qui concerne la paternité de la découverte, les deux parties, en accord et selon la convention qui lie les deux institutions depuis 1993, peuvent enfin décider de ce que serait la découverte. Nous avons assisté à la procédure inverse. La découverte sur le bassin francevillien est divulguée à Poitiers, et le Gabon est représentée à la cérémonie par l’ambassadeur du Gabon. La démarche est précipitée tout comme celle ayant abouti à l’attribution du prix à l’étudiant Ossa Ossa. Que cherche-t-on à travers cette mise en scène ? Peut-être la récupération de la découverte !
Les enseignants du département de géologie cachent mal leur courroux. Ils admettent que leur établissement a été plus ou moins grugé. L’hypothèse serait le suivant : l’étudiant Ossa Ossa et son directeur de thèse, le Pr Abderrazak El Albani, ont conduit une équipe de recherche sur le bassin francevillien et ont tranquillement prélevé les échantillonnages sans en dire un mot aux collègues gabonais de l’USTM. De la sorte, on peut comprendre que les fossiles ont été emportés à l’université de Poitiers sans que le Gabon ne sache vraiment de quoi il retournait. Gravissime !