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Gabon - Martin Edzodzomo-Ela : Des vertus du dialogue en politique

Le site de la Liberté - Martin Edzodzomo-Ela le Jeudi 20 Octobre 2016 à 07:39 | Lu 815 fois



. Pour rappel :
Notion polysémique, la politique recouvre :
1. La politique en son sens plus large, celui de civilité ou Politikos, indique le cadre général d'une société organisée et développée ;
2. Plus précisément, la politique, au sens de Politeia, renvoie à la constitution et concerne donc la structure et le fonctionnement (méthodique, théorique et pratique) d'une communauté, d'une société, d'un groupe social. La politique porte sur les actions, l’équilibre, le développement interne ou externe de cette société, ses rapports internes et ses rapports à d'autres ensembles. La politique est donc principalement ce qui a trait au collectif, à une somme d'individualités et/ou de multiplicités. C'est dans cette optique que les études politiques ou la science politique s'élargissent à tous les domaines d'une société (économie, droit, sociologie, etc.) ;

3. Dans une acception beaucoup plus restreinte, la politique, au sens de Politikè, ou d'art politique se réfère à la pratique du pouvoir, soit donc aux luttes de pouvoir et de représentativité entre des hommes et femmes de pouvoir, et aux différents partis politiques auxquels ils peuvent appartenir, tout comme à la gestion de ce même pouvoir ; 4. La politique est le plus souvent assortie d’une épithète qui détermine sa définition : on va parler de stratégie politique par exemple pour expliquer comment elle se situe dans une perception combinatoire et planifiée de nature à lui faire atteindre ses objectifs.

Politique constitution, fonctionnement d’une communauté.

Pour les besoins de la cause, nous prendrons en considération le point.2, à savoir : la politique, au sens de Politeia, renvoie à la constitution et concerne donc la structure et le fonctionnement (méthodique, théorique et pratique) d'une communauté, d'une société, d'un groupe social. La politique porte sur les actions, l’équilibre, le développement interne ou externe de cette société, ses rapports internes et ses rapports à d'autres ensembles. La politique est donc principalement ce qui a trait au collectif, à une somme d'individualités et/ou de multiplicités. C'est dans cette optique que les études politiques ou la science politique s'élargissent à tous les domaines d'une société (économie, droit, sociologie, etc.)

Le Gabon et l’idéal démocratique

Dans notre pays, à la recherche d’un Etat fondé sur l’idéal démocratique, le débat politique est souvent escamoté. Plus passionnel que réfléchi, plus spectaculaire que profond, il contribue à la confusion et à la crétinisation du citoyen lambda. On s’affronte, on cherche par des moyens souvent sordides à avoir le dessus sur l’autre, à le faire taire plus qu’à le comprendre, à dialoguer avec lui et à s’efforcer de trouver ensemble des solutions aux problèmes de société que le politique a pour tâche de résoudre. La vocation du politique devrait être de favoriser la pensée, où il importe au premier chef d’introduire du discernement raisonné et de développer une délibération sensée, si on ne veut pas qu’elle dégénère en mêlée confuse et irrationnelle où on s’affronte avec d’autres armes que celles de l’esprit. Dans le vrai débat politique, il ne s’agit pas d’émettre des mots d’ordre, des slogans et où l’image compte plus que les idées et les compétences. Il faut susciter la réflexion.

Vous déclarez, dans votre discours du 12 septembre : « En tant que Président de la République, j’ai le devoir d’assurer cette cohésion. Par conséquent, je reste disposé à recevoir et à travailler avec ceux des compatriotes qui désirent dans le strict respect des institutions et des lois de la république. L’objectif que nous devons nous fixer dès aujourd’hui, est de situer le Gabonais avec lui-même et avec l’autre.» Prenant la parole le lundi 8 octobre, lors de la cérémonie marquant les 20 ans de la Cour Constitutionnelle, vous déclarez monsieur le président : - « Lorsqu’en 1989, souffle à tous azimuts le vent de la liberté, des esprits bien préparés s’engouffrent dans cette dynamique d’exigence démocratique. Le président Omar Bongo Ondimba, en visionnaire, anticipera sur les événements. » On peut donc penser que, face à l’agitation actuelle, le président Ali Bongo Ondimba, en visionnaire va anticiper sur les événements ! En effet, votre illustre prédécesseur, le président Omar Bongo Ondimba, en visionnaire, a toujours anticipé sur les événements.

C’est ainsi que, 11 janvier 1990, dans un discours programme retentissant, prononcé à l’ouverture de la session extraordinaire du Comité centrale du PDG (alors Parti-État), déclarait entre autre : « …On a observé ces derniers temps certains comportements négatifs qui, s’ils n’étaient pas fermement combattus, terniraient l’image de marque du Gouvernement et du Parti. En effet, la démagogie, la duplicité semblent gagner des adeptes parmi nos hommes politiques.

Au lieu de mobiliser les forces vives de la nation en vue de l'édification du pays, certains responsables sont plutôt intéressés à la recherche d'une clientèle politique tout acquise à leur dévotion. (…) Gouverner c’est prévoir, il est temps que nous nous inspirions de ce qui se passe un peu autour de nous et dans le monde entier. C’est pourquoi je vous ai dit qu’au cours de ces assises du Comité central, nous devons repenser tous nos problèmes, revoir toutes nos manières de nous comporter, notre façon d’agir… » Ce discours-programme était une action pour désamorcer le malaise social qui se manifestait bruyamment, et une crise politique alors latente.

En effet, dans les années 1990, ceux qui dirigeaient le pays depuis une vingtaine d'années avaient prouvé leur mauvaise gestion des affaires publiques. De nombreux scandales, détournements de fonds et autres, éclaboussent plusieurs dignitaires du régime. La session du comité central du Parti démocratique gabonais, tenue du 11 au 14 janvier 1990, avait marqué un tournant et dépoussiéré la machine parti-État. Il fallait sauver le bateau qui prenait l'eau. Deux barons sont tombés : M. Léon Augé et M. Zacharie Myboto, respectivement ancien secrétaire exécutif et secrétaire administratif du parti au pouvoir. Alors, une commission de réflexion sur la démocratie chercha une voie vers le multipartisme via le pluralisme d'idées au sein du Parti. Le Président Bongo sembla un moment envisager, et annoncer même publiquement ainsi "un changement plus radical ".

Le discours à la nation du 23 février 1990 déclare la dissolution du PDG. Dix ans après, le 31 décembre 2001, fidèle à sa politique de dialogue, dans le discours à la Nation, le Président Omar Bongo annonce le besoin d’une réflexion globale pour jeter les bases d’une « Refondation de l’État » au terme de 40 ans de l’indépendance de notre pays. Selon lui, les constats faits depuis les dernières échéances électorales - 21 décembre 2001 – le confortent dans la mise en place de cette réunion. Il émettait l’idée d’inviter les représentants des partis politiques, de la magistrature, des confessions religieuses et de la société civile à prendre part à une réunion de concertation sur ce sujet. Il poursuivait son invite en ces termes : « Il va sans dire que nous mettrons également à profit cette opportunité pour étudier et mettre en place, de manière consensuelle, un cadre approprié pour la gestion et le fonctionnement de notre Démocratie. » Quand le Président Omar Bongo lance cet appel, il disposait pourtant d’une Assemblée législative entièrement à sa solde, qui pouvait légiférer sur le « processus approprié » de la gestion et du fonctionnement de l’État. Mais l’appel pouvait être perçu comme venant d’une prise de conscience courageuse, de la part d’un homme d’État, soucieux avant tout de la paix et de la stabilité du pays.

Réitérant cet appel lors de son message à la Nation le 31 décembre 2001, le Président Bongo émettra de nouveau l’idée d’inviter les représentants des Partis politiques, de la Magistrature, des Confessions religieuses et de la Société civile, à prendre part à une réunion de concertation sur le sujet.
Le moment présent interpelle le Président de la République, Ali Bongo, à la même capacité de visionnaire, pour anticiper l’aggravation de la crise actuelles, et avoir la maîtrise des événements en tant que garant de la paix dans le pays . Gouverner c’est prévoir. Comme le déclare dans son discours votre illustre prédécesseur.

Je suis le premier à reconnaître l’inanité d’une « Conférence nationale souveraine », pour trouver des solutions à la crise sociopolitiques dès 2009, qui avait déjà mis en danger la stabilité du pays. M’exprimant alors sur cette crise sociopolitique du pays, sur laquelle surfent surtout les anciens alliés d’hier, je dis entre autre ceci : - « Le pays va mal, le Gabon va mal. Mais, soyons honnêtes, ce n’est pas depuis 2009 que le Gabon va mal. Voici ce que je tiens à rappeler à nos politiciens. Est-on sérieux dans notre pays pour croire en une assise – la Conférence nationale souveraine -, où chacun viendra étaler ses désidératas puisse aboutir à redresser une situation de mal gouvernance de plus d’un demi siècle ? Ceux qui se réclament aujourd’hui de l’opposition, sont mus par la seule soif du pouvoir ! Devant une situation aussi grave que celle que connaît le pays en ce moment, une démarche plus responsable s’impose. Elle ne peut être menée que dans l’intérêt supérieur de la Nation. Par conséquent, elle ne doit pas être exclusive, ou être récupéré par une personne, un groupe de personne ou un parti quelconque. La démarche responsable pour trouver des voies et moyens pour sortir le pays de la crise grave qu’il vit échoit aux responsables et dirigeants politiques du pays ; en tout premier lieu, au chef de l’État. »

Le 12 décembre 2012, j’avais pris la très respectueuse liberté de soumettre à l’attention du président de la République, une requête relative à la situation de cette crise sociopolitique du pays qui avait pris une aggravation avec les conditions de l’accession au pouvoir comme héritier d’un autre “Bongo” en la personne d’Ali Bongo. crise dont tirent avantage ceux que je considère comme des pseudo-opposants, alors qu’ils agissent tout simplement pour des motifs de querelles d’héritage; des rivaux qui ne peuvent prétendre être des « opposants » politiques au sens réel du concept. Dans ma démarche, je déclarai en effet : « Le constat que le pays va mal, des partisans d’un dialogue nationale est juste. Ces personnalités, dont certains sont ou ont été à un certains moment vos plus proches collaborateurs, semblent avoir bien diagnostiqué en son temps, le mal dont souffre notre pays ; ce qui justifierait la tenue d’une consultation nationale.

Monsieur le Président de la République, il est de votre devoir et de votre responsabilité, de prendre en ce moment l’initiative, si vous voulez passer dans l’histoire comme un homme d’État. Face à l’état du pays que vous avez hérité, le monde entier vous regarde. Parce que les actes tardent, le découragement s’installe progressivement. Ce n’est encore que l’ombre d’un certain désenchantement, mais c’est déjà presque un malaise. Une crise de confiance. Un climat pesant qui alterne indifférentes torpeurs et mauvaises querelles, et où pointe par instant la tentation lâche, laide du renoncement.

Il faut lui opposer la sincérité du moment historique et que soit tracé avec éclat les lignes futures de nos combats, que soient marqués sans crainte et sans hésitation, notre volonté, notre engagement, notre désir d’affronter les questions que nous n’avons pas traitées, les problèmes que nous avons dissimulés et que le peuple citoyen n’a pas oublié.- « La politique exige la connaissance des forces agissantes d’une époque donnée, leur coordination et leur subordination au profit de la nation entière. » Récusant le changement par la force brutale, c’est-à-dire la voie du changement par la violence des armes, qui est celle des assoiffés de pouvoir, des personnages sans conviction, sans éthique politique ni idéal de société quelconque, le Gabon a opté depuis 1990 pour la voix démocratique, celle des urnes, qui apparaît comme la seule crédible de nos jours et approuvée par la Communauté internationale. Soyez le garant de cette vision. Or, l’élection qui se profile à l’horizon en 2016 n’augure rien de bon, dans ce sens, en raison précisément de la loi électorale actuelle, qui apparaît inique, sectaire et partisane.

Elle est en tout point anti-démocratique. Elle est une perversion du principe démocratique de souveraineté du peuple. Elle ne peut ni conduire d’une manière pacifique, au changement que les Gabonais attendent, ni permettre de légitimer un pouvoir qui en a réellement besoin. Monsieur le Président de La République, la crise actuelle apparaît à tous égards comme une conséquence d’un déficit de légitimité du pouvoir de la fonction présidentielle. Le régime actuel se base sur à peine 10% du corps électoral. Ce qui donne à ce régime, une légitimité très étriquée. Ce déficit de légitimité a été aggravé par le scrutin du 17 décembre 2011, qui réunissait selon des sources fiables moins de 15 % de l’électorat. Monsieur le Président de La République, il est inconcevable d'aller aux élections en 2016 si le cadre institutionnel actuel n'est pas réformé en profondeur. Cette élection, si elle est organisée en l'état actuel des institutions gabonaises, ne sera qu'une mascarade qui vous décrédibiliserait davantage.

Elle conduirait inéluctablement à des affrontements violents post électoraux. Afin de parer aux conséquences d’une contestation post électorale, susceptible de déboucher sur une violence inutile et faire mourir les innocents, j’ai le respectueux honneur de vous inviter à prendre toute disposition utile pour l’abrogation de l’ordonnance n° 009/PR/2011 du 11 août 2011 modifiant, complétant et abrogeant certaines dispositions de la loi n° 7/96 du 12 mars 1996 portant dispositions communes à toutes les élections politiques. Dans notre pays le Gabon, un petit recul dans le temps nous conduit à justifier notre requête pour des dispositions relatives aux conditions des élections : Déjà en 1964, le coup d’Etat des militaires avait pour cause, le ras-le-bol et surtout comme une réaction contre la dictature. En effet, le 18 février 1964 à 5h45, des jeunes officiers et sous-officiers de l’Armée Gabonaise déposent le Président Léon M’Ba, en dénonçant la dérive dictatoriale empêchant désormais la libre expression de la volonté du peuple par des élections libres et démocratiques.

Plus proche de nous, l’élection de 1993, ainsi que celle de 2009 ont tous deux provoqué des tueries à Port-Gentil avec comme bilan plusieurs morts d’homme. Face à ce qui constitue un motif sérieux de désagrégation sociale, je fais appel à votre sens de l’honneur et de défense des intérêts supérieurs de la Nation, en vous demandant de transcender les querelles politiciennes de vos rivaux du moment, et de passer dans l’histoire du Gabon comme celui réussit à asseoir le processus électorale dans le pays Je lance un appel à votre Haute Autorité pour que vous preniez une décision historique, en réunissant tous les acteurs politiques de notre pays, pour un dialogue et une réconciliation nationale, face aux nombreuses menaces auxquelles les appétits pour le pouvoir des uns et des autres exposent le pays. C’est le moment où pour un homme d’Etat il faut du courage, car l’heure est grave face à la menace que de nouvelles querelles post électorales peuvent mener le pays. C’est en votre pouvoir de prendre vos responsabilités de Président de la République gabonaise pour permettre en 2016 des élections pacifiques et transparentes, épurées de toutes les scories qui entravent la sérénité des résultats. »


Scrutin présidentiel et contestation.

Épicentre des explosions politiques en Afrique, les élections, gangrenées par la fraude électorale d’État, sont la cause des violences politiques. Sciemment mal organisée par les pouvoirs publics, volet tactique d’une stratégie de conservation du pouvoir, truquée d’amont en aval, la compétition électorale, reste malgré tout, la seule voie rationnelle d’alternance au pouvoir. Les systèmes politiques actuels, dirigés par des hommes sans passé, ni vécu démocratique, démontrent jour après jour, qu’il est illusoire de pouvoir reconstruire, sur les ruines du parti unique et avec les mêmes hommes en charge de l’Etat, une société dont les fondements seraient la Constitution, l’éthique, la dignité. La démocratie est encore considérée par ces hommes comme une ingérence occidentale malsaine, opposable à la tradition conceptuelle de légitimation du pouvoir en Afrique.

C’est ignorer délibérément l’histoire du continent et, plus grave, contribuer à sa marginalisation politique, intellectuelle, économique, afin de sauvegarder le système. Ainsi débordés dans un premier temps par les vagues de contestation politique et sociale, ces systèmes politiques ont rapidement élaboré des stratégies de contournement de l’exigence démocratique. Auparavant, finalité d’une politique, acceptée comme moindre mal en regard des rivalités Est-Ouest, la répression est désormais « le facteur tactique déclenchant » d’une stratégie plus élaborée. Elections truquées, [négociation-fragmentation] des oppositions, gouvernement d’Union Nationale, sont les autres volets tactiques de cette stratégie. Cette quadrature stratégique contient en germes les ferments d’une implosion aux conséquences imprévisibles. Le continent est parsemé de « zones en dehors du temps » où la guerre est le seul moyen d’expression : (Dans le passé, citons: le Liberia, le Soudan, l’Angola etc.

La violence est latente partout ailleurs. Le risque de conflagration est bien présent au Gabon. Système politique et système électoral, en inter relation permanente, pervertis par les rigidités ataviques de dirigeants archaïques bloquent toute évolution rationnelle de la société. Les piliers de la légitimation du pouvoir demeurent la violence active des forces spéciales [le fleuron étant la Garde Présidentielle-], la violence active de l’Etat PDG.BONGO, articulée autour de la fraude électorale, la répression sociale, la corruption à grande échelle. Ce mode d’action politique se veut la seule manière de sauvegarder l’équilibre de l’Etat et la paix sociale.

“Appel au dialogue politique.”

En l’espace de deux mois, le Gabon a connu assurément la phase la plus agitée de son histoire depuis son accession à l’indépendance en août 1960. La faute à un processus électoral plus chancelant. Et, c’est avec stupéfaction que le monde a regardé ce spectacle; une campagne électorale irrégulière; une crise post électorale électrique ; un contentieux qui débouche à un recomptage des votes ; la confirmation de la victoire contesté avec bonus pour président sortant Ali Bongo. Le scrutin du 27 août a déclenché une explosion de violence, que les protagonistes semblaient avoir prévue, et dont soigneusement envisagé et par conséquent y avoir été préparés. Largement médiatisés, les manifestations de protestations et leur répression ont fait le tour de la planète, et enclenché des réactions diverses des partis engagées dans ce scrutin : la communauté internationale s’est abondamment investi par le biais de groupes d’observateurs ; l’Union européenne, l’Union Africaine, etc.
Ali Bongo réélu veut un dialogue pour un nouveau chapitre de l’histoire du Gabon.

A peine déclaré élu par la Cour constitutionnelle, le 23 septembre 2016 dans la nuit, a l’issue de l’examen du contentieux électoral relatif au scrutin présidentiel du 27 août, Ali Bongo Ondimba est apparu à la télévision nationale pour appeler à «un dialogue qui abordera tous les aspects de la vie de la Nation» et permettra d’écrire «un nouveau chapitre de notre histoire commune». Le chef de l’Etat réélu a dédié aux Gabonais sa victoire, non sans avoir une pensée pour les nombreuses victimes.
"J'appelle tous les responsables politiques, y compris les candidats malheureux à l'élection du 27 août, à un dialogue politique."

Soit, mais pour parler de quoi, avec qui et où? Au parloir? "

Dialoguer!

Dialoguer, c’est entrer dans un processus, dans un travail, dans une parole et une relation qui permettent de résister à la violence. Régulièrement, des faits témoignent d’un déficit de dialogue dans notre société gabonaise, et même d’un refus d’y entrer. Cette dégradation du dialogue interroge l’ensemble de la société. Face à cette crispation des individus et des groupes pour le dialogue, dans la vie sociale comme dans la vie politique, on en arrive à se demander : « Peut-on encore débattre au Gabon ?» La question est importante particulièrement en politique, car, la démocratie repose, en effet, sur l’exercice de la délibération, elle requiert une pédagogie et une éthique de la discussion qui concerne chaque citoyen.

Aussi faut-il que « nul ne néglige d’être prompt à écouter, lent à parler, lent à se mettre en colère »; comme le recommande l’Apôtre Jacques quand il écrit : « Sachez-le, mes frères bien-aimés. Ainsi, que tout homme soit prompt à écouter, lent à parler, lent à se mettre en colère. » Ce sont ces vertus du dialogue qu’a voulu honorer le prix Nobel de la paix, décerné à quatre organisations tunisiennes qui, malgré l’instabilité et les violences, ont conduit de longues et laborieuses discussions qui ont aboutit à une feuille de route vers la paix civile. Cette démarche du dialogue, qui prend en compte la complexité du réel, est décisive pour résister à ce qui divise et oppose, et enferme les protagonistes dans l’impasse d’affrontements inévitables.

Face à ces simplismes réducteurs, facteurs d’exclusion et d’intolérance, nous, Chrétiens gabonais sommes appelés à témoigner d’une Parole venue « habiter » l’opacité de notre histoire ; selon qu’il est écrit : « Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père. » (Jean 1-14).

« Dans le monde » et pas « du monde »(Jean 17, 16-18), le croyant est conduit à assumer des demandes parfois contradictoires. Il sait que son existence concrète est faite de compromis, élaborés en dialogue avec d’autres références et convictions. Ce terme, compromis, n’a pas toujours bonne presse, notamment chez ceux qui rêvent de pureté idéologiques ou religieuses et suspectent aussitôt la compromission. C’est oublier que dans l mot compromis, il y a promesse. Celle de pouvoir tenir tout ensemble, grâce au dialogue, ce que l’on pensait au départ incompatible. Il ne s’agit pas d’évacuer les conflits, ni de masquer les différences et les différends, mais de trouver une issue partagée, par la parole échangée et la parole tenue.
C’est en construisant ces compromis que l’on endiguera la montée des extrémismes avec lesquels il ne devrait y avoir aucune compromission.

Il y a en effet ce qu'on retire d'un semblant de dialogue qui, en fin de compte, se réduit à un monologue.

Les tenants du pouvoir dans notre pays ne semblent pas connaître ce que c’'est dialoguer. Un dialogue ne peut s'entendre convenablement, ce qui est évident avec un paranoïaque tout à son discours intérieur. Dans le domaine politique, la corruption pervertit le système démocratique qui implique une clarté des choix et non l’appel à des méthodes impliquant secret et mensonge.

Dès lors, malgré la répétition fréquente de termes tels que dialogue et transparence, on a le sentiment que tout se passe derrière la coulisse. La démocratie renvoie d’abord au caractère public du débat, à l’égalité des citoyens, au pouvoir du peuple. Autant de valeurs et de principes qui sont fondamentalement violés par la corruption. L’opposition véritable, qui refuse d’entrer dans un rapport de corruption avec le dirigeant en place, est souvent tenue dans l’ignorance complète des pratiques de la majorité et le débat démocratique devient un jeu formel et théâtral. La violence visible ou larvée, physique ou verbale, qui se manifeste dans notre société a de multiples causes. Il y a des éléments conjoncturels : colères sociales légitimes, revendications corporatives, égoïsme et intérêts particuliers, déclarations irresponsables soufflant sur les braises du mécontentement, sans compter l’insécurité généralisée par la criminalité dont sont victimes d’innocents individus dits « crimes rituels » pour le pouvoir satanique qui régente notre pays depuis un demi-siècle.

Les phénomènes de violence dans les villes africaines, sont les révélateurs des tensions profondes qui traversent ces sociétés. Les rapports d’affrontement, apparemment localisés dans les zones urbaines, se sont noués à la suite de la dislocation des solidarités ou l’absence de régulation communautaire forte. Le système politique n’ayant pas voulu ou n’ayant pas pu offrir de perspectives de travail et d’intégration aux individus. La création de ces classes dangereuses débouche sur un phénomène radical dans son opposition à l’Etat comme à l’ordre publique injuste imposé. Le système fabrique ainsi les éléments de sa propre perte. Comme de toute évidence, le système ne peut poursuivre sa marche indéfiniment, indépendamment de savoir si celle-ci est toujours possible ou non du fait de la contradiction inhérente à sa base naturelle - il est fatalement condamné à être de plus en plus insupportable et explosif. Sa décadence n’est pas à exclure. Mais, cela pourrait avoir comme conséquence collatérale, des actions de violences collectives pour notre peuple.

Mais, aujourd’hui comme hier, n’y a-t-il pas aussi, fondamentalement, une crise de la parole quand elle n’est pas au service du dialogue entre les humains ? Cette démarche faite d’écoute, de réflexion, de raisonnement, d’argumentation, de respect des personnes et des fonctions constitue effectivement une alternance à la violence. « Pour connaître la sagesse et l'instruction, Pour comprendre les paroles de l'intelligence; Pour recevoir des leçons de bon sens, De justice, d'équité et de droiture; Pour donner aux simples du discernement, Au jeune homme de la connaissance et de la réflexion. Que le sage écoute, et il augmentera son savoir, Et celui qui est intelligent acquerra de l'habileté, Pour saisir le sens d'un proverbe ou d'une énigme, Des paroles des sages et de leurs sentences. (Proverbes 1 -2à6) Ainsi la Bible louait déjà cette sagesse faite « d’éducation, d’intelligence, de sentences pleine de sens, de prudence, de connaissance, de discernement »

CHOISIR LA CONFIANCE.

La confiance, c’est-peut être la certitude que l’épreuve ne tue pas la personne. L’échec n’est qu’un échec et pas une mort, et la solitude n’est jamais complète car notre nom reste dans les mains de Dieu et se trouve inscrit dans son livre. Quand on est enraciné dans cette confiance première, inconditionnelle, on sait que l’épreuve n’a pas le dernier mot. Un proverbe africain dit : « Le pied qui a été mordu par un serpent a peur d’un ver de terre ». Comment reconstruire la confiance quand on a été gravement éprouvé ? La confiance ne se construit pas toute seule. Il faut accepter de dépendre d’un autre.

Il nous faut trouver des personnes sur qui nous pouvons nous appuyer dans un respect immense. Dans notre pays, un des rôles que l’Église chrétienne peut jouer, c’est d’offrir des liens où pourrait se vivre une résilience de la confiance, au lieu d’offrir une attitude de complicité avec le pouvoir politique inique et diabolique du système PDG. Bongo. Des lieux où l’on peut être inconditionnellement accueilli, ce qui ne veut pas dire toujours approuvé dans ce qu’on fait. Ça passe par des choses extrêmement simples, un regard, une parole, une place accordée à une personne. Une anecdote pour illustrer un exemple de « lieu » de création de confiance. En France, quand Robert Badinter, garde des Sceaux, a introduit les travaux d’intérêt général pour des personnes ayant commis un petit délit. Un jeune homme d’une vingtaine d’année avait « piqué » dans la caisse de son employeur il avait été condamné à un travail d’intérêt général et s’était retrouvé dans une église.

Il est arrivé le matin de la vente paroissiale et on lui a confié la caisse d’un stand. Ça a changé sa vie ! Il savait que l’on savait que le délit qu’il avait commis touchait à l’argent, mais on lui avait fait confiance. Rencontré quelques années quelques années après par le Pasteur de l’Église, il lui a dit combien cette journée avait été importante pour lui alors qu’il s’agissait d’un geste tout simple. Pour se reconstruire dans la confiance, sur quoi devons-nous nous appuyer ? Il faut à mon humble avis, attendre la personne telle qu’elle est, et non l’idéal d’une personne. Cette dernière attente trop souvent écrase. Cela ne veut pas dire qu’il faille être complaisant avec nos faiblesses mais qu’il n’y a pas de confiance possible si on ne reconnaît pas ses limites, si on ne prend en compte ses failles. C’est justement dans la reconnaissance de nos limites et de nos failles que nous sommes interdépendants les uns des autres.

CHOISIR LA CONFIANCE ET LE DIALOGUE.

C’est pour une telle conception de la politique que la Révolution en court doit mener. Le but de notre combat ne doit pas être de vaincre ou d’humilier à notre tour qui que ce soit parmi ceux qui nous exploitent aujourd’hui. Notre but est de gagner la compréhension et le respect de notre dignité par quiconque. Il arrive parfois que les ennemis d’autrefois puissent faire les meilleurs amis. C’est pourquoi nous réclamerons constamment dialogue et réconciliation. Nous n’avons à détruire personne dans le combat pour la démocratie et la libération de notre peuple des aliénations actuelles. Nous voulons seulement que les gens cessent de briser la vie de notre peuple et qu’ils cessent de détruire notre pays bien aimé. C’est simple. Et en chrétiens, nous croyons fermement que la bonté et la compassion sont les meilleurs moyens de gagner la sympathie des autres.

C’est une des raisons pour lesquelles nous devons engager ce que l’on peut appeler une révolution de l’esprit, une révolution existentielle. Nous devons réaliser tous chacun de nous un changement, une révolution sur le plan spirituel, social et politique. C’est à cette « Révolution » que j’adhère. C’est cette « Révolution » qui est la mienne, et pour laquelle je travaille. C’est du moins les sentiments qui m’animent, en cette période de l’histoire de notre pays, où les politiciens en lutte pour le pouvoir, sèment la méfiance, la division, pour assouvir des ambitions personnelles de conquérir le pouvoir pour « la Politique du ventre », héritage de leur timonier Omar Bongo Ondimba.

Pour détruire un peuple ou une nation, il n'est pas nécessaire de l'ensevelir sous les bombes. Il suffit de dresser les enfants contre les parents, et d'opposer les femmes contre les hommes. Il suffit de supprimer le sens de la solidarité communautaire, il suffit aussi d'empêcher la communication, c'est-à-dire le dialogue parmi les membres.

Choisir le dialogue, tel est également la volonté qui sous-tend ces pages. Dialoguer, cela veut dire pour moi, éviter les deux extrêmes que sont le monologue et la guerre. Que le monologue soit celui du critique ou celui de l'auteur, peu importe: il s'agit à chaque fois d'une vérité déjà trouvée, qui n'a plus qu'à être exposée; or, je préfère chercher la vérité qu'en disposer. La guerre dans les textes, cela existe aussi, et du reste je ne crois pas pouvoir toujours l'éviter: quand on a rien de commun avec l'auteur d'en face, et quand on n'éprouve que de l'hostilité pour ses idées, le dialogue devient impossible et se trouve remplacé par la satire ou l'ironie; la compréhension des textes en souffre. Enfin la pratique du dialogue s'oppose aussi, pour moi, au discours de la séduction et de la suggestion, en ce qu'elle en appelle aux facultés rationnelles du lecteur, plutôt que de chercher à capter son imagination ou que de le plonger dans un état de stupeur admirative. L'envers de ce choix est que mes arguments paraîtront parfois un peu trop terre à terre; mais c'est encore une conséquence de mon désir de ne pas séparer vivre et dire, de ne pas annoncer ce que je ne peux pas assumer

Jeudi 20 Octobre 2016
Martin Edzodzomo-Ela
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