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Gabon - Fin du Dialogue national pour l’alternance : Le vivre ensemble en danger ?

l'info réelle 7J/7 - Gabonlibre.com : News 7J/7 le Lundi 26 Décembre 2016 à 07:47 | Lu 1633 fois

L’enjeu de la rencontre voulue par Jean Ping Président élu va bien au-delà des relations entre camps politiques.



C’est un événement marquant dans la vie de la Coalition pour la Nouvelle République. Mais, c’est peut-être aussi un tournant majeur dans la crise post-électorale. Le Dialogue national pour l’alternance a réuni, du 19 au 23 du mois courant, des milliers de citoyens d’origines sociales et politiques diverses et variées. L’enjeu de cette rencontre va bien au-delà des relations entre Jean Ping et ses principaux soutiens. Il se rapporte aux relations entre les différentes composantes de la société. En d’autres termes, il a trait au devenir de notre vivre ensemble. Rien de plus, ni de moins…

Cinq jours durant, les participants à cette rencontre ont longuement échangé sur les événements post-électoraux. Sur la nuit du 31 août au 1er septembre derniers, ils ont recueilli des témoignages, analysé le mode opératoire, identifié les exécutants et commanditaires. Individuellement et collectivement, ils sont parvenus à une conclusion : cette nuit-là aurait pu être fatale à chacun d’entre eux. Unanimement, leur religion est désormais faite : durant ces événements, chacun d’entre eux aurait pu tomber sous des tirs ou subir des sévices en raison de son choix politique. Cette vision des choses se trouve légitimée par une absence d’enquête officielle. Indubitablement, la cohabitation au sein de la société portera désormais la marque de cette conviction-là.

Amnistie ?

Le Dialogue national pour l’alternance a été le lieu de témoignages, souvent violents, parfois insupportables mais toujours poignants. Une jeune rescapée a dit avoir passé un mois en réanimation. Elle a affirmé avoir besoin d’une évacuation sanitaire en toute urgence pour espérer recouvrer l’usage complet de ses membres supérieurs. Affirmant avoir été brûlée au thorax et à la tête, elle a dit avoir été violentée par trois hommes cagoulés du fait de son appartenance au groupe ethnique Myéné, celui dont est issu Jean Ping. Disant avoir été arrêtée à Nzeng-Ayong, loin du théâtre des opérations, elle a livré des détails troublants. Entre soupçon de rafles systématiques, accusation de nettoyage ethnique, mise en cause implicite des forces de défense et, critique du corps médical, le témoignage de cette jeune dame est tout simplement glaçant.

Au sein de la majorité au pouvoir, on tente pourtant de détourner l’attention ou tout au moins de trouver une voie de règlement de cette crise post-électorale. Certains ont même avancé l’idée d’une amnistie pour les crimes et délits commis durant cette période. Peut-on y souscrire ? Est-ce opportun ou opérant ? Peut-on songer à une amnistie en absence de poursuites clairement diligentées ou de condamnations officiellement prononcées ? Si l’amnistie supprime les conséquences pénales, elle ne fait pas pour autant disparaître les faits matériels ou les conséquences civiles. En clair, même en cas d’amnistie, la question des réparations demeurera entière. Or, les réparations relèvent de la responsabilité civile. Sauf à imputer ces crimes et délits à l’Etat, il serait difficile de songer à une amnistie sans identification préalable des auteurs.

Introspection et bilan

Parler d’amnistie en absence d’enquête peut être compris comme un aveu. Dans le contexte actuel, une telle idée est de nature à libérer les pulsions les plus mortifères. Il y a risque de voir ensuite certains nourrir un sentiment de vengeance ou s’organiser pour des actions d’auto-défense ou de vigilantisme. Notre société pourrait ainsi sombrer dans une sorte d’état de nature, où chacun fait sa loi, avec toutes les conséquences imaginables. Le Gabon a trop souffert de l’autisme des uns, de leur sentiment de toute-puissance et de leur impunité pour faire l’économie d’une réflexion de fond sur la suite à donner aux témoignages entendus durant le Dialogue national pour l’alternance.

Sauf à s’opposer à la manifestation de la vérité, le silence ne saurait durer plus longtemps. Ni les entreprises, ni les détenteurs de l’autorité publique n’ont intérêt à s’opposer au droit de savoir. On ne peut plus faire l’économie d’une enquête, d’une recherche scientifique de la vérité. Il en va de notre vivre ensemble, de l’avenir de la nation et du devenir de la démocratie. Le pire serait de vouloir faire comme si rien ne s’était passé au Noé Palace entre le 19 et le 23 du mois en cours. La majorité au pouvoir doit entendre les confessions et récriminations formulées par de nombreux citoyens libres en ces lieux. Elle doit faire son introspection, dresser un bilan sans concession des 50 ans de gestion et 26 ans de pratique démocratique. Elle doit reconnaître ses fautes et erreurs et avoir le courage d’engager une réflexion de fond sur le processus de réconciliation nationale. Sauf, bien entendu, si elle entend continuer à jouer au chat et à la souris avec le peuple. Jusqu’à quand ?

avec gabonreview

Lundi 26 Décembre 2016
Gabonlibre.com : News 7J/7
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