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Gabon : Culture : Jean Divassa Nyama : l’inceste tout en délicatesse

Le site de la Liberté - LVDPG - Actualité en ligne 24h/24 le Vendredi 26 Mars 2010 à 17:08 | Lu 1563 fois

Rencontre avec l’écrivain gabonais à propos de son dernier roman : « Opumbi »

Le nouveau roman de l’écrivain gabonais Jean Divassa Nyama, Opumbi, vient de paraître aux édition NDZÉ. Il traite du sujet délicat de l’inceste. L’auteur est présent au 30ème Salon du Livre de Paris, qui se tient du 26 au 31 mars 2010. Il nous accordé une interview.



Gabon : Culture : Jean Divassa Nyama : l’inceste tout en délicatesse
Jean Divassa Nyama est né le 1er juin 1962 dans le sud du Gabon. Il est issu de l’ethnie Punu. Professeur d’anglais de formation, il est aussi journaliste et dirige actuellement le magazine littéraire L’Air du Temps. Il vit actuellement à Libreville. Auteur d’un trilogie intitulée La calebasse, il est lauréat du prix littéraire de l’Afrique Noire de 2006.

Son dernier ouvrage Opumbi, traite de sujet délicat de l’inceste. Le roman tire son nom d’une cérémonie visant à séparer le couple incestueux. Dundabe, le personnage principal, tombe sous le charme de sa fille Mitsundu. Une relation incestueuse en naîtra, mais la mère Muvondu fera tout pour briser l’union.

Afrik.com : Votre ouvrage, Opumbi, a pour sujet central l’inceste. Pourquoi avoir choisi de traiter ce sujet ?

Jean Divassa Nyama : Ce sujet, je l’ai traité parce que c’est un reflet de la société gabonaise. Dans la cosmogonie gabonaise, l’inceste est un moyen de réguler la société. Lorsque l’événement se produit, c’est l’honneur de la lignée qu’il faut sauver en Afrique. La cosmogonie gabonaise raconte qu’au départ il y avait un homme avec sa famille. Il a demandé à son fils de prendre pour femme sa sœur (car qu’il n’y avait personne d’autre) mais le frère ne savait pas comment se comporter avec sa sœur et la maltraitait, car il ne la considérait pas comme quelqu’un d’extérieur et il pouvait faire ce qu’il voulait avec elle.

Les sages se sont alors réunis et ont dit à l’homme qu’il avait fait une erreur. Les incestueux ont été séparés, et voilà que tout commence. Dans mon ouvrage, j’ai choisi de parler de ce sujet parce l’actualité au Gabon revient à chaque fois sur le problème de l’inceste. Muvondu est une femme indépendante financièrement, elle a eu accès à la culture, elle va donc se révolter (ce que d’autres femmes n’osent pas faire par honte) en faisant appel à la justice qui sera inefficace, c’est pour cela qu’elle se tournera vers la tradition. Egalement, si je parle de l’inceste, c’est que dans un livre, on doit faire en sorte de participer au développement de la société.

Afrik.com : Vous ne vous étiez pas vraiment intéressés aux sujets touchant à la sexualité. Pourquoi maintenant ?

Jean Divassa Nyama : J’en parlais avant, mais je préfère habiller les mots pour désigner les choses. C’est aussi ce que je fais dans ce livre. En fait, c’est pour permettre à tout le monde de lire. Certaines personnes peuvent être dérangées par des mots trop crus. Bon, dans le langage parlé je dis les mots, à l’écrit, je préfère suggérer.

Afrik.com : Dans votre ouvrage, la cérémonie Opumbi est une alternative à la justice classique. Et c’est elle qui parvient à séparer les incestueux, mais en même temps, le bébé issu de l’inceste et le père mourront. Une leçon derrière cela ?

Jean Divassa Nyama : Dundabe, le père, meurt car il n’a pas cru à la cérémonie. Mitsundu, la fille y a cru, alors elle a été délivrée de la perversité. Le bébé, il meurt parce que les ancêtres ne voulaient pas qu’il y ait un enfant, un témoignage, un héritage du crime incestueux. Sinon les gens auraient parlé, se seraient souvenus, et cela aurait été mauvais pour la lignée.

Afrik.com : La cérémonie est-elle encore pratiquée en Afrique ?

Jean Divassa Nyama : La cérémonie est encore pratiquée dans le bassin du Congo, mais c’est dans les villages, pas du tout dans les grandes villes. Je n’y ai jamais assisté mais on m’a raconté.

Afrik.com : Vous mettez un extrait de l’Exil et le royaume de Camus en dédicace ? pourquoi ? Vous citez également Aragon.

Jean Divassa Nyama : C’est ce livre de Camus qui m’a poussé à écrire ce livre. Le personnage principal, Dundabe, a le choix entre deux choses : l’exil, et le royaume. Et lui, choisira l’exil. Je cite également Aragon, qui est un auteur que j’aprécie beaucoup. C’est Georges Brassens qui me l’a fait découvrir grâce à sa chanson écrite en son hommage (Il n’y a pas d’amour heureux, ndlr).

Afrik.com : Dans votre ouvrage, la femme et ses attraits est souvent metaphorisée par le végétal, par exemple : une fleur de bananier, hibiscus, le serpent tournant autour du bananier aux fruits murs, etc.. Une tradition littéraire gabonaise ?

Jean Divassa Nyama : En fait oui, je puise cela dans le terroir. Comme dit E.Monique, un poete mauricien : tout homme de culture qui veut accéder à la connaissance doit pouvoir puiser dans son passé.

Afrik.com : Vous avez dit dans une précédente interview à Afrik.com que vous avez le souci de témoigner.

Jean Divassa Nyama : Je suis jumeau. Mon frère s’appelle Ugulu (ce qui signifie entendre, comprendre) et moi, je m’appelle Ulabe (ce qui veut dire : voir, observer, témoigner). Mon frère n’a pas voulu venir en Afrique à cause de la misère (il est mort né). Il me demande des témoignages, mes livres sont des lettres qui lui sont adressées. Je lui explique la société. Ce livre-là, je l’ai écrit parce que l’inceste, c’est un aspect de la société.

Afrik.com : Les rêves également sont très présents. Pourquoi ?

Jean Divassa Nyama : Au cours d’un conférence à l’université Omar Bongo, un chercheur avait fait la remarque de la récurrence des rêves dans les écrits. Je travaille sur la gémellité et l’on sait qu’il y a une transmission entre jumeaux à travers les rêves c’est un véhicule. Cela me permet de communiquer avec mon frère.

Afrik.com : La place de l’Histoire, les héritages gabonais sont également très prégnants dans votre œuvre, pour quelles raisons ?

Jean Divassa Nyama : L’Histoire, les héritages sont très importants. En fait, j’ai un concept : « la Poétique du Mbwonda ou la ritualisation du deuil ». Car en Afrique, on considère que la mort donne la vie. (c’est pour cela qu’il y a toutes ces cérémonies, comme la cérémonie du deuil), on parle du mort qui a fait quelque chose, c’est un héritage qui est transmis et qui permet à celui qui reste d’aller au delà. On retrouve également cela de manière frappante en Egypte ancienne. J’accorde d’ailleurs une place importante à l’Egypte antique, car pour moi, chacun de nous porte une partie de l’Egypte. C’est le berceau de tout.


Vendredi 26 Mars 2010
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