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Gabon : Bongo n’a jamais gagné une élection

Le site de la Liberté - La Révolution LVDPG le Mercredi 5 Août 2009 à 20:58 | Lu 306 fois



Gabon : Bongo n’a jamais gagné une élection
Président du conseil d’administration de l’Observatoire national de la démocratie, il analyse l’élection présidentielle gabonaise du 30 août prochain et fait une critique du règne de Bongo.

Quelle appréciation faites-vous de la vingtaine de candidatures à l’élection présidentielle gabonaise du 30 août prochain ?

23 candidatures, c’est l’expression de la démocratie qui était enfouie dans chaque Gabonais et qui renait après la mort d’Omar Bongo. C’est le symbole d’une démocratie qui existe depuis 1990. Il faut comprendre qu’entre 1990 et 1993, les Gabonais ont vécu une période de grande démocratie. En 1993, nous avons eu 13 candidats à l’élection présidentielle. Les résultats avaient été violemment contestés. Les résultats avaient été proclamés avant même la fin du dépouillement. Les Gabonais se sont mis dans la rue pour revendiquer leur vote. Après un consensus, il y a eu un gouvernement d’union nationale et les choses se sont un peu calmées. En 1996, on est reparti avec une nouvelle élection locale qui a été également contestée. On voyait un parti qui arrivait en tête à Libreville avec près de 80% et qui perdait totalement l’élection deux semaines plus tard.

A partir de ce moment, les Gabonais ont commencé à ne plus croire au vote. En 1998, nous avons eu une élection présidentielle qui s’est déroulée avec un grand taux d’abstention ; en 2005, ce taux d’abstention frisait les 65% et lors des dernières élections législatives, nous avons eu un taux d’abstention record de 90%. Donc, au fur et à mesure, les Gabonais ne croyaient plus à l’élection. Ils ont accusé le président qui vient de partir.

Donc, la mort de Bongo a fait renaitre le goût pour le vote…

Tout à fait. A un moment donné, les Gabonais se sont dit qu’ils vont laisser Bongo aller jusqu’au bout. On ne vote plus. Les Gabonais se disaient « on va faire comment ? Laissons Bongo faire et quand il mourra, on reprendra la vie au Gabon ». Bongo est mort le 8 juin à Barcelone et la démocratie est née au Gabon. Une vraie renaissance de la démocratie, et les gens se disent que le moment est venu de se réveiller. L’engouement est tel qu’on n’a pas eu le temps d’inscrire tout le monde. Avant, on payait les gens pour qu’ils aillent s’inscrire sur les listes électorales. Cette fois, les gens se sont levés spontanément. Des gens ont attendu pendant 10h pour être inscrits. On aura un taux de participation très élevé.

Avec une élection à un tour et 23 candidats, n’y a-t-il pas de risque de se retrouver avec un président élu simplement par une infime partie de Gabonais et qui, très vite, va manquer de légitimité ?

Pendant longtemps, les politiques ont tout violé dans ce pays, jusqu’à la constitution. En 1990, la constitution issue de la conférence nationale prévoyait une élection à deux tours et une limitation du nombre de mandats. Mais, sans consulter le peuple et pour des raisons politiciennes, ils ont modifié cette constitution pour nous imposer une élection à un tour et ont laissé libre cours au nombre de mandats qu’on veut. Ce qui n’est pas démocratique. Cette élection qui arrive est pour nous une transition. Nous allons revoir la constitution pour rebâtir ce pays et ses institutions.

S’agissant des 23 candidats, je vous dirais que les Gabonais sont des gens très sages. Nous allons assister à une véritable finale. Le prochain président gabonais sera élu à près de 60%. J’en suis sûr, et surtout si l’élection est transparente. Les Gabonais savent très bien qu’il y a des candidats qui sont là essentiellement pour diviser des voix dans certaines régions. Mais on les connaît et ça ne marchera pas. Nous allons élire le meilleur des Gabonais.

Comment expliquez-vous l’explosion du Pdg après que le fils de Bongo, Ali, a été désigné pour représenter l’ancien parti unique à la prochaine présidentielle ?

J’avais coutume de dire que le Pdg n’était pas un parti politique. Le Pdg était un conglomérat de personnes qui ont des intérêts. Le Pdg permettait à chacun d’entre eux de se faire une carrière, d’avoir de l’argent, de s’enrichir. Le Pdg n’avait pas d’idéologie. C’est d’ailleurs ce manque d’idéologie qui est responsable du retard que le Gabon a accusé dans tous les domaines et malgré nos ressources énormes. Le point central, c’était le président Bongo ; c’est lui qui maintenait tout le monde. Il était prévisible que son départ va amener les uns et les autres à se repositionner. C’était inévitable. Il y a eu aussi un manque de démocratie au sein de ce parti. Si les primaires avaient été honnêtes, ils auraient eu un bon candidat. Mais ils ont voulu faire un consensus qui est apparu comme une ruse et les autres ont claqué la porte. L’acte de décès du Pdg a été signé à Barcelone, le jour où Bongo est mort.

Le fils Bongo est donc le plus grand favori de cette élection. Lui qui bénéficie de la machine de l’ancien parti unique, de la machine administrative et de la longévité de son père au pouvoir…

Je ne pense pas qu’il soit favori. La popularité n’est pas quelque chose qui se transmet de père en fils. Non ! Il faut tout relativiser. En 1993, tout le monde le sait, Bongo avait été battu aux élections. C’est pour cette raison qu’on a proclamé les résultats avant même la fin du dépouillement. C’est par respect pour le vieux qu’on l’a laissé aller jusqu’au bout. Vous avez vu lors de ses obsèques : nous étions tous mobilisés, c’était l’ancien. Ça n’a rien à voir avec son fils.

Sa popularité n’existe que dans l’inconscient de ceux qui ne connaissent pas le Gabon. Il y a d’ailleurs un slogan : tout sauf le fils. Celui-ci n’est pas connu des Gabonais. C’est pour ça qu’il est contesté à l’intérieur de son parti. Même dans la région du Haut Ogoué dont Bongo est originaire, son fils n’est soutenu qu’à Bongoville. L’appareil administratif ne jouera pas forcément pour Bongo. Les Gabonais sont des gens indépendants. En 1996, le père Mba a gagné les élections locales à Libreville à 80%. Il avait aussi gagné les élections présidentielles de 1993. Bongo n’a jamais gagné une élection dans ce pays. La fraude ne passera pas cette fois.

Un journal a titré « Tout sauf un Fang » et on remarque que l’élément ethnique semble très important dans cette élection et pourrait justifier des alliances…

Je pense que les Gabonais se connaissent et connaissent les valeurs de chacun des candidats. Il y aura un consensus sur l’homme que les Gabonais jugeront digne de les amener vers le progrès. Ça n’a rien à voir avec l’ethnie. Il y a certes des replis identitaires, mais c’est surtout le fait de certains hommes politiques qui font des calculs. Mais la population ne va pas suivre. Les Gabonais n’ont jamais mené de guère ethnique. Les Gabonais de tous les quatre coins du pays ont les mêmes problèmes. Le problème de routes, d’accès à la santé, à l’éducation, etc.

Ces problèmes sont communs à tous les Gabonais.

Il y avait, d’un côté, une classe politique très riche, et de l’autre, une population très pauvre. Voilà le problème. Le problème n’est pas entre les Gabonais de différentes ethnies. Même dans le village de Bongo, dans le Haut Ogoué, il y a des gens très pauvres. Idem partout au Gabon. 90% de Gabonais vivent dans la pauvreté. Il nous faut un homme qui va assurer une bonne répartition des richesses de ce pays. Aucune alliance ne se fera sur la base ethnique. De toutes les façons, c’est le peuple qui va décider.

Est-ce que les Gabonais ont vraiment le choix ? Puisque tous les poids lourds de la prochaine élection (Eyéghé Ndong, Mba Obame, Miboto, Oyé Mba, Mba Abessole, Ali Bongo, etc.) ont à un moment ou à un autre pactisé avec Omar Bongo Ondimba…

Les gens ont travaillé dans le système Bongo, qui était très puissant. Cela a duré 42 ans ! Ce n’est pas 42 jours, mais 42 ans ! Avec tout l’argent du pétrole, Bongo a tissé son système, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Aucun Gabonais à l’intérieur de ce système ne pouvait le combattre. Ils ne sont pas incapables de rupture. Je ne vais pas donner de nom. Mais je suis sûr que beaucoup sont pour une rupture.

Vous semblez ne pas créditer le fils Bongo dans la prochaine élection, alors qu’il est de plus en plus présenté comme étant le candidat le plus accepté à l’étranger…

Les gens qui pensent que la France peut avoir une influence sur l’élection présidentielle gabonaise se trompent. La France a intérêt à laisser les Gabonais choisir leur président. Les Français ont beaucoup d’intérêts au Gabon. Aucun président mal élu ne peut défendre ces intérêts. Si les Gabonais sentent que les Français veulent leur imposer un président, leurs intérêts seront mis à mal au Gabon. La sécurité des intérêts français au Gabon n’est pas assurée par le régime, mais par les Gabonais. Le manganèse se traite à Mouanda, à 800 km de Libreville. Il est transporté par le Trans-gabonais qui traverse villages, villes, forêt. Il n’arrive à Libreville que parce que les Gabonais le veulent. Sinon, le manganèse que les Français transportent n’arrivera jamais. Idem pour le pétrole. La stabilité n’est pas une question de régime, mais c’est le fruit d’un consensus national. Les Français n’ont donc qu’à laisser les Gabonais choisir librement leur président. Aucun candidat n’est contre leurs intérêts. Les Français veulent la rupture. Nous déciderons de la rupture qu’il y a à opérer.

Quel Gabon Bongo a-t-il laissé ?

Bongo a hérité d’un pays des mains de Léon Mba. Les Gabonais ont appris à vivre ensemble, entre eux et avec les nombreux étrangers qui vivent ici. Quand Bongo a pris le pouvoir, il avait deux objectifs : consolider cette unité nationale et l’harmonie avec les étrangers ; le développement économique du pays.

En ce qui concerne l’unité nationale, elle s’est consolidée. La paix sociale existe, mais ce n’est pas le fait du seul président. C’est culturel. Les Gabonais sont conviviaux. Ils acceptent de vivre avec les autres. Bongo laisse donc un pays en paix et stable. Mais cette stabilité est fragile. Au niveau économique, il y a eu le développement de la corruption, de l’immoralité, du détournement massif des deniers publics et surtout l’impunité. 97% de Gabonais n’arrivent pas à profiter des énormes ressources de leur pays, alors que 3% se sont scandaleusement enrichis. Le Gabon n’a pas 1000 km de route bitumée. La moindre pluie inonde Libreville. Savez-vous que le palais présidentiel a été inondé ? Le niveau de pauvreté est tellement élevé. Le président a certes laissé un pays en paix, mais cette paix est très précaire. Si nous avons une élection claire et transparente, le Gabon va décoller. Nous avons des ressources énormes. Il suffit de faire un petit effort pour que le Gabon décolle et devienne la véritable locomotive de l’Afrique centrale. Le président a laissé un pays avec un peuple fatigué, meurtri. Un peuple avec des dirigeants arrogants, embourgeoisés.

A vous entendre, les chantiers sont si nombreux qu’on se demande par où le prochain président va-t-il commencer.

Très rapidement, il va falloir remettre les trois principes : le travail, le mérite et la sanction. Il faut qu’on sache que le seul moyen d’ascension sociale, c’est le travail. Qu’un travail bien fait est récompensé, alors qu’une faute est sanctionnée. Il faut un retour des valeurs dans ce pays. Bongo avait dit un jour qu’il peut faire d’un chien un ministre. Vous comprenez qu’il y a eu un renversement total de nos valeurs. Il faut changer ça. Qu’on ne fasse plus des chiens des ministres, mais que ne soit nommé ministre que celui qui mérite. Il faut un véritable retour de la morale, qui avait foutu le camp.

Propos recueillis par Jean-Bruno Tagne à Libreville

© Copyright Le Jour Quotidien


Mercredi 5 Août 2009
La Révolution LVDPG
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