Rarement, on a vu pareille démarche : le prêteur sollicite que diligence soit faite par un Etat afin de bénéficier d’une ligne de crédit ! En effet, cela s’est déroulé au cours d’une audience à la primature entre le chef de gouvernement et le représentant-résident de la BAD au Gabon, M. Boubacar S. Traoré.
Plutôt pressé de décaisser la somme de 9 milliards de francs que Libreville sollicite dans le cadre du projet Education, phase 3 en vue de la construction à Bikélé, dans la banlieue librevilloise, d’un lycée industriel destiné à la formation dans les métiers de l’agriculture, des transports et de la mécanique.
Visiblement impatient que ce dossier soit mené à terme, le représentant-résident n’a pas mâché les mots : « Nous sommes prêts à décaisser d’ici à la fin de l’année, avant que le Gabon ne perde ses ressources » l’enveloppe de 9 milliards de francs. Ici, le bât blesse. Pourquoi le plénipotentiaire laisse-t-il entrevoir que le Gabon « perd ses ressources » ?
Maladresse ? Excès de langage ?
Il est vrai que la langue diplomatique ne saurait s’accommoder à pareille « analyse », nullement fausse d’ailleurs ! Car il n’est un secret pour personne que le Gabon traverse une crise économique et financière consécutive aux errements de la classe politique. L’allocution prononcée en décembre 2008 par le président Omar Bongo Ondimba est devenue une référence en la matière.
Elle sonne le glas d’une classe politique dont la préoccupation est aux antipodes des exigences républicaines. Sans ambages, le président défunt a clairement dénoncé la pratique des hommes politiques consistant à se servir dans les caisses de l’Etat au détriment de leurs charges.
Du coup, on a mesuré le sens de la crise financière, au Gabon. Les ministres et les hauts responsables étatiques pratiquent la thésaurisation et le transfert massif d’argent sur les paradis fiscaux. Au point de vider les caisses de l’Etat !