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De la coopération au développement : une approche locale ?

Le site de la Liberté - Gabonlibre.com : News 7J/7 le Mercredi 10 Juillet 2013 à 00:00 | Lu 206 fois



De la coopération au développement : une approche locale ?
Depuis les« Indépendances » africaines des années 60, les pouvoirs publics, les organisations non gouvernementales, et les citoyens n'ont cessé de s'interroger sur les mécanismes du développement. Une des pensées les plus fécondes sur ce thème est sans doute Esther Duflot à travers l'ouvrage qu'elle a co-écrit avec AbhijitV. Banerjee:" repenser la pauvreté" (éditions Seuil). Un des points essentiels de cette interrogation est de tenter de comprendre comment les anciennes colonies de l'Europe sont désespérément restées en retard par rapport aux normes de développement les plus orthodoxes.Cette réalité est encore plus visible si on les compare à d'autres aires géographiques ravagées par la seconde guerre mondiale ou même issues de domination coloniale persistante.




Faut-ildévelopper à partir de doctrines pré-établies comme ont tenté dele faire certaines idéologies politiques prônant le développementet conduisant aux pires catastrophes ? Faut-il une approcheempirique de celui-ci, voire micro-locale et mettre à l'écartl’État dont on voit les limites et les incohérences ?




C'est làtout l'enjeu d'une approche par les territoires. Les ONG sont à lacroisée du chemin. A la fois, proches des populations, elles sontobligées pour interagir de « collaborer » avec lespouvoirs en place au risque d'y perdre une partie de leur âme enfermant les yeux sur les à-côtés de leurs interventions. En effet,répondant aux besoins immédiats des populations, leur « activismehumanitaire » ne correspond pas nécessairement aux critèresde contrôle politique mis en place par des régimesnon-démocratiques. Elles sont alors conduites à déployer unediplomatie visant à ne pas effaroucher les potentats locaux pourpouvoir continuer d'intervenir auprès des populations.

Agir sur leterrain en Afrique revient en fait à revendiquer une parcelled'influence, qui devient très vite insupportable aux Etats. On nereviendra pas sur la nature de l'Etat en Afrique que Jean-FrançoisBayard1a contribué à qualifier à travers la « politique du ventre »Le fait est que, rarement issu d'un processus « rationel-légal »,il est l'instrument de groupes disposant des moyens de la violencedont l'apparence seulement est légitime, pour continuer à suivrel'analogie avec Max Weber.


Mais,l'Etat sur le continent s'analyse aussi par le constat de facteursobjectifs, qui, même dans des conditions d'efficience classique, leheurterait à une impuissance consubstantielle :


L'immensité des territoires rend difficile le contrôle réel de ceux-ci. Cette réalité a été vue avec acuité dans le récent conflit malien. Toute une partie du pays était en passe d'être contrôlée par des groupes extérieurs avant l'intervention française.


Même avec une gestion harmonieuse et conforme aux critères européens, les budgets nationaux seraient, à de rares exceptions, insuffisants pour couvrir les besoins sociaux de la population.


A la décharge des États, les groupes de pression économiques et financiers, endogènes et surtout exogènes – multinationales – utilisent tous les moyens visant à préserver leurs intérêts face à des pouvoirs peu sensibles à l'intérêt général. En ce sens, la proposition du Président de la République François Hollande est une victoire au moins sur les sociétés multinationales françaises en exigeant une forme de transparence financière de leurs comptes notamment lorsqu'elles ont des activités extérieures – Total détient la majeure partie de son activité en dehors des frontières françaises.


Mais, ce premier pas n'est valable qu'à l'échelle de la France et laisse évidemment de côté toutes les autres multinationales.

Ces élémentsesquissent les limites de l'action étatique.

L'actioninternationale de la France a été relancée avec la venue deFrançois Hollande. Dans les 5 dernières années, il a falluconstater une rare dépréciation de l'action gouvernementalefrançaise en matière de développement accompagnée d'unephilosophie politique étonnamment régressive manifestée par lediscours de Dakar du Président Sarkozy au cours duquel, selon lui,« les Africains n'étaient pas entrés dans l'histoire ».

Lespromesses du nouveau Président de la République ont été derenverser la conception néo-conservatrice en relevant leniveau de l'aide publique au développement, et en lançant denouveaux champs de réflexion autour de cette question.

Alors queles «africaines » étaient précédemmentgérées sur le mode des « réseaux » néo-foccardiens(mélange d’affairisme et de stratégies néo-coloniales de la partd’individus ou de groupes d’entreprises), François Hollandesépare l'action diplomatique classique du ministère des affairesétrangères, qui traite du continent africain comme de tous lesautres et les politiques de développement, en tentant de faire deces dernières un outil depour la France et l'Afriqueplutôt qu'un instrument de clientélisme international.

PascalCanfin, connu pour ses combats contre les fraudes financièresinternationales et la corruption, est devenu ministre dudéveloppement à la suite de l'arrivée de la gauche au pouvoir. Ila été chargé de piloter l'ensemble desautour des assisesdu développement.

Ainsi,faut-il appréhender la tenue des assises du développement clôturéesle 1er mars 2013 après 4 mois de travaux sous la forme d'ateliers2.Les acteurs étatiques classiques -ministères, AFD -, les ONG, lesélus locaux des différentes collectivités et même le tissuassociatif des ressortissants africains et d'autres continents ont puy participer et apporter des contributions.

Que faut-ilretirer des assises du développement ?

Mengue M'Eyaà et Pascal Canfin, ministre du développement.

Ladiversité des intervenants, comprenant des structures critiques desconceptions étatiques de la coopération nord-sud, a permis unclimat propice à des avancées pratiques pour améliorer ledéveloppement.

A courtterme notamment, deux propositions à effets immédiats ont étélancées :


La présentation au Parlement d'une loi d'orientation et de programmation sur le développement, une première dans l'histoire de la V è République. Dès 2013, le montant de l'APD a été porté à 3,1 milliards d'euros, et la France contribue à 10 % de l'aide publique au développement mondial.


La perspective de création d'un conseil national du développement et de la solidarité internationale (CNDSI)

Mais, endehors de ces propositions essentielles de nature institutionnelles(la « boîte à outils » aurait pu dire le Président dela République), c'est une véritable « refondation » quia été proposée à travers la mise en exergue du fait territorialau centre de nouvelles stratégies de promotion du développement.

Poursuccéder au quasi-immobilisme des 10 dernières années – àl'exception peut-être de la taxation desd'avions dont leproduit était destiné au financement du développement -, le biaisterritorial était depuis de nombreuses années dans les esprits detous les acteurs soucieux de faire avancer l'amélioration desconditions des populations du Sud depuis les années 50 et 60.Partant de l'idée d'un échec des coopération d’État à État,l'approche locale s'avère beaucoup plus fructueuse, sans qu'il nesoit nécessaire de la « fétichiser »à son tour.

C'est lesens du « Manifeste pour le dialogue des territoires »notamment défendu par Global Local Forum. Il s'agit de redonnertoute leur place aux projets de proximité au service de petitescommunautés humaines, en appui de réalités vécues sur des espacesmaîtrisés. Ces petites communautés peuvent être évidemment descollectivités locales décentralisées ou des organisations d'Etatdéconcentrées si le système politico-institutionnel estsuffisamment avancé sur un tel degré d'organisation. Cela estrarement le cas, car les échelons d'administration territorialequand ils existent, sont souvent bâtis sur le modèle pyramidalétatique visant à contrôler les populations, moins à générerdes capacités d'autonomie, et encore moins à produire dudéveloppement.

Ce qui estvisé n'est donc pas l'architecture institutionnel décliné auplan local mais bien l'humain, le village ou la communauté devillage, pour être encore plus précis, les villageois ou leshabitants des petites villes. Commel'indique le manifeste, ce n'est pas un « habillage conceptueldes séparatismes ». Le développement territorial estcompatible avec des politiques de programmation nationales àcondition qu'elles existent au plan local.


Ainsi, au Gabon, dans l'Ogoué-Maritime, renforcer un centre hospitalier de Port-Gentil ne correspondait à aucune politique publique nationale particulière. Le volontarisme des personnels locaux, puis l'intérêt manifesté par l'hôpital de Bondy ont permis que s'organisent, avec l'appui du maire progressiste Pierre-Louis Agondjo Okawe, et des élus de Bondy (Seine-Saint-Denis), des échanges entre personnels. Le déplacement en France des soignants de l'hôpital Paul Igamba de Port-Gentil a été la preuve d’un travail de terrain avec des formations complémentaires utiles. Les échanges de bonnes pratiques au plan territorial par des acteurs de terrain sont un des procédés d'amélioration du développement.


A Djéol, en Mauritanie, une action de coopération internationale avec Noisy le Sec (Seine-Saint-Denis) s’est bâtie depuis une trentaine d’années dans un contexte de total désintérêt de l’Etat mauritanien, car le village concerné, constitué de populations noires, n’intéressaient que très faiblement l’Etat central. Ainsi, pour compenser l’absence totale de l’Etat, les communautés djéoloises de l’extérieur – en Europe ou aux Etats-Unis – se sont elles-mêmes organisées en vue de collecter des fonds visant à co-financer avec Noisy le Sec un projet de centre de santé destiné, en priorité, à la santé des femmes.

Compte tenu de la qualité de la structure ouverte en 2011, des pressions locale et française, l’Etat mauritanien a été amené à devoir s’intéresser à une structure de santé qui commençait en matière de santé publique à rayonner au delà du seul village de Djéol. Il s’est donc résolu à pourvoir en personnel soignant le poste de santé construit et doté dans sa totalité par la commune de Noisy le Sec en partenariat avec l’association des ressortissants djéolois de France (ARDF). Bel exemple de solidarité internationale sans compter également l’appui technique d’une ONG d’ingénieurs en retraite, missionnée par la ville de Noisy le Sec, qui ont apporté un savoir-faire et une expertise de contrôle du chantier qu’il aurait été difficile aux acteurs de financer à leurs coûts réels3.

Commeon peut le voir dans ces exemples, la coopération décentralisée4n'est pas oubliée, car, datant officiellement d'une vingtained'années, elle a fait ses preuves notamment dans les pays africainsdans lesquels les élus locaux ont un minimum de légitimitédémocratique.

Commentdéfinir la coopération décentralisée ? On peut reprendre ànotre compte la définition qu'en donne le ministère des affairesétrangères : ce sont des actions menées par les collectivitésterritoriales françaises directement et en partenariat avec descollectivités territoriales des pays du Sud, dans différentsdomaines comme l'eau, l'énergie, les transports, la santé, l'éducation, etc...

Dansce cadre, le développement local y trouve tout son intérêt. Laville de Paris5a pu mettre en œuvre avec les villes de Cotonou et d'Abidjan unepolitique partagée d'aménagement des zones lagunaires etmarécageuses. En effet, des zones entières font l'objet d'unhabitat anarchique dans des espaces non aménagés aux abords de cesdeux immenses capitales. L'Union européenne a apporté son soutien àce projet à la fois local mais structurant compte tenu des enjeuxdémographiques et environnementaux.

Lerôle des organisations non gouvernementales a été souligné parles assises du développement6.Une place toute particulière leur a été réservée. 700 d'entreelles étaient représentées. Le chantier n° 4 des assises dudéveloppement a énoncé le rôle essentiel des ONG dansl’intermédiation entre les États et les société civiles. Ledoublement de l'aide par leur canal a été affirmé, notamment auniveau de l'Agence Française du Développement, laquelle doitréviser et discuter avec elles des dispositifs à mettre en place.La fiscalité devra leur être encore plus favorable.

Levecteur environnemental est le plus complexe à mettre en œuvrecompte tenu des enjeux économiques qu'il rencontre au sud et aunord, et dans la relation entre les deux. Mais, il est aussi le plusprometteur car il va permettre d'éviter les orientationsproductivistes pour plutôt réfléchir à une meilleure adaptationaux modes de vie des populations. Face au changement climatique, enraison des énergies tels que le soleil et l'eau, la biodiversité etles forêts, les pays du Sud n'ont pas besoin de passer par le modèleproductiviste européen pour se développer.

Parconséquent, il n'est pas inutile d'avoir précisé que les objectifssont de préserver la planète tout en favorisant – ce quisemblerait logique – l'accès de chacun aux ressources énergétiqueset à l'eau. Au delà des bonnes intentions proclamées, lesstratégies de l'Agence française du développement serontvalorisées dès lors qu'elles auront un lien avec l'énergie,l'agriculture, la biodiversité. Pour prendre un exemple concret,l'AFD ne financera plus de centrales à charbons sans mécanisme derécupération de CO2.


Enfin,un volet de défense des droits humains a été repris dans lesconclusions des travaux, qui sont en conformité avec l'analysefaite sur le développement.Le respect des exigences démocratiques,la lutte contre la corruption, le renforcement de l'Etat de droit, oula promotion du droits des femmes ne sont pas des combatsanecdotiques par rapport aux droits économiques et sociaux. Il estannoncé que les politiques de développement en prendront comptepour l'avenir.

Enguise de conclusion provisoire, le Président de la République afait le lien avec le cœur de son discours sur le développement tenulors de la campagne électorale.

Il a ainsiprononcé des moments forts et attendus sur le plan des relationsFrance et Afrique. En écho auxmenés au cours des assises,il a rappelé que la politique de développement doit notamment sefaire à partir de critères politiques7« c’est-à-dire l’exigence démocratique, qui estd’ailleurs une condition du développement et pas simplement sonaboutissement ».

Dans ce cadre, la lutte contrela corruption est une dimension essentielle : « lacorruption s’entretient mutuellement, pour qu’il y ait descorrompus, il faut qu’il y ait descorrupteurs. Ca va dans les deux sens ».Et il évoque aussi le « renforcement del’Etat de droit, et d’institutions capables de protéger lespersonnes ».

Après avoir rappelél’accroissement de l’aide publique au développement française,il souhaite que l’évaluation et l’impact de notre aides’améliore. « Des indicateurs serontintroduits pour gagner en transparence, en efficacité et en respectdes objectifs de diversité. », d’oùle rôle souhaité des ONG peu suspectes de défendre tel ou telintérêt privé ou apparemment public. François Hollande a rappeléla nécessité d’une « clarté et d’une transparence pourles industries extractives », précision bien utile dans lecontexte africain.

Puis,il a conclu sur les biens malacquis : « nousserons également attentifs, pour ne pas dire exigeants, dans lalutte contre les flux illicites de capitaux et également par rapportaux biens mal acquis. La justice fera, en France, en touteindépendance sonjusqu’au bout ». LaJustice peut donc à sa façon contribuer à l'effort commun enfaveur du développement.

Après15 années d'absence de débats, Les Assises du développement du 5novembre au 1er mars 2013 sur la solidarité internationale ont été un moment inaugural de la relance politique de la France sur cettequestion.

L'approcheterritoriale n'est pas la solution à tous les problèmes dudéveloppement, mais, elle permet de répondre aux besoins deproximité des populations. Il est normal que de ce point de vue, laFrance puisse afficher une vision plus modeste de l'action étatiqueau profit des collectivités, des associations internationales, oudes citoyens qu'ils soient d'ici ou qu'ils soient de là-bas...

MengueM’Eyaà

Co coordinatrice du think tank Global Local Forum - (G.LF Paris)
www.global-local-forum.com

Présidente du Mouvement civique des Femmes

Présidente du Conseil exécutif - Mouvement Civique du Gabon

Mercredi 10 Juillet 2013
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