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De Léon Mba, Paul Marie Yembit à Albert Bernard Bongo : histoire d’un coup d’Etat


Pièrre Péan, « Affaires Africaines ». Fayard, 1983, p. 63-66



De Léon Mba, Paul Marie Yembit à Albert Bernard Bongo : histoire d’un coup d’Etat
« Il était presque illettré et totalement ignorant de la façon dont pouvait se diriger un pays en pleine évolution. Il se méfiait d’Albert Bongo et, en l’absence du Président, tenait à faire semblant de se passer de son indispensable collaboration… De temps à autre, M. Yembit me convoquait et je voyais accumulés sur sa table une pile de dossiers qu’il me communiquait pour me demander mon avis et pour savoir s’il pouvait – ou non – apposer sa signature au bas de certains documents.

« Cette consigne lui avait été donnée par le Président Léon M’ba qui savait qu’en toutes circonstances, je resterais un prudent et vigilant conseiller.

« Je passais ainsi des heures avec le vice-président qui, pour se montrer aimable, faisait constamment servir, dans de grands verres, un excellent champagne.

« Il fallait avoir la santé.

« Au terme de mes séances de travail avec M. Yembit, j’allais voir Albert Bongo et je le tenais au courant de toutes les affaires que nous avions traitées… ou différées. »

Finalement, en novembre 1966, le « le Vieux » démet Yembit de ses fonctions et le remplace par son poulain Bongo. Yembit devient ministre d’Etat chargé de la Justice. Pour arracher cette décision au Président malade, Bongo et le « Clan » auraient monté de toutes pièces un « complot ». « Yembit » auraient – selon Delauney – tenu… quelques réunions avec les plus hauts personnages de l’Etat et s’était acquis le concours du comandant de l’armée gabonaise ». Objectif de ce « complot » : entamer un processus de destitution et se débarrasser par la même occasion du ministre délégué », c’est-à-dire de Bongo.

Le « complot » et la nomination de Bongo à la vice-présidence du Gouvernement ont précédé le dernier départ du « Vieux » pour Paris. Foccart, Journiac et Delauney ne veulent pas laisser le Gabon dans cette situation délicate. Les deux premiers se relaient souvent au chevet de Léon M’ba, à l’hôpital Claude Bernard, pour le convaincre d’accepter un projet de réforme de la Constitution gabonaise. Ils souhaiteraient, comme dans le système américain, la création d’un poste de vice-président, succédant au Président en cas de vacance du pouvoir. Mais le vieil homme fatigué résiste à ces sollicitations. Le temps presse.

Le président risque de mourir d’un moment à l’autre. Foccart tient à cette réforme constitutionnelle. Il souhaite aussi que Léon M’ba accepte de se présenter une dernière fois avec un Vice-Président nommé Bongo. Foccart fait alors venir Delauney à Paris pour arracher la décision finale. Le combat reprend entre les deux hommes. Léon sait bien qu’il livre là sa dernière bataille, il n’en peut plus, mais résiste, résiste. Il a encore du pouvoir, puisque la France qu’il a tant aimée lui envoie ses plus hauts représentants pour lui soutirer un seul « oui ».


Dans une chambre voisine, Foccart et Bongo attendent la fin de la conversation. Les médecins s’inquiètent. Delauney abuse. Il va fatiguer le vieil homme usé… Finalement, épuisé, Léon M’ba accepte la comédie de nouvelles élections avec Bongo comme colistier, étant bien entendu qu’il n’y aura qu’une seule liste. Aussi tôt, Delauney va chercher Bongo et Foccart. Léon M’ba confirme sa décision devant les trois hommes. Il ne pourra pas se reposer autant. Le « Vieux » doit se plier à des séances de photos à l’ambassade du Gabon, 6, rue Greuse à Paris.

Transport en ambulance, escalier, attente, spots… Les photos illustrent les affiches électorales pour le scrutin du 19 mars. Sur l’une, Léon M’ba assis à un bureau signe un dossier avec, à ses cotés, debout, Bongo. Sur l’autre, les deux hommes, debout, tiennent en main les deux dossiers les plus importants du Gabon : le chemin de fer Owendo-Belinga et le port d’Owendo. Après cette séance pénible, le « Vieux » accepte encore d’enregistrer une déclaration qui coupera court aux rumeurs sur sa mort qui circulent déjà à Libreville.


Le 20 février 1967, l’article 6 de la Constitution gabonaise est complété par un alinéa créant un poste de vice-président. Mais l’examen du document laisse paraitre une anomalie : sous le nom du Président de la République, on remarque la signature de Bongo et non pas celle de Léon M’ba. Pourquoi ? Le « Vieux » s’est-il rétracté après l’ultime entretien avec Delauney ? A-t-il eu une grave crise au moment où il aurait dû signer ? Certains émettent ainsi quelques doutes sur l’authenticité de l’acceptation de l’amendement par Léon M’ba.


Le 19 mars, la liste M’ba-Bongo l’emporte avec 99,5% des voix. Le Gabon est « normalisé ». On n’attend plus que la mort du « Vieux ». Toutes les personnalités de Libreville viennent le voir une dernière fois, quelques jours lus tard, lors de la prestation de serment qui a lieu à Paris dans les salons de l’ambassade du Gabon.

« Tout ce beau monde flottant dans des jaquettes louées à la hâte assistait à une cérémonie pleine de dignité, et, il faut bien le reconnaitre, assez originale », raconte Maurice Delauney. « J’en conserve pour ma part un souvenir vivace, et en particulier de l’émotion qui étreigne le jeune Vice-Président de la République, bien attristé de voir l’état de décrépitude physique de celui qui avait été son ‘‘maitre à pensé’’, mais conscient également des responsabilités et aussi des pouvoirs qui seraient désormais les siens ».


Bongo, en effet, ne va pas tarder à affirmer son autorité. Le 20 avril, il opère un nouveau remaniement ministériel et augmente ses attributions en prenant le Plan, le Développement et l’Information. Avec son ami Delauney, il va également renforcer sa sécurité. La Garde présidentielle est réorganisée pour constituer une « force autonome, disciplinée et bien équipée, solidement encadrée et composée d’éléments fidèles et sûrs ».


La G.P. est le véritable rempart du régime. Composée surtout d’anciens légionnaires, elle bénéficie de toutes les attentions du « Clan ». Les mercenaires bien payés qui la composent sont à l’abri des états d’âme. Ils suivent leur chef. « Bob » Maloubier, créateur de la G.P., n’étant qu’un artisan, plus spécialisé dans les actions de commando que dans la gestion d’une petite armée ; il préfère rejoindre Elf où il est affecté dans un coin « chaud » : Lagos, la capitale du Nigeria… « Bob » est remplacé par un ancien officier français, le colonel Le Braz. La G.P. est de plus en plus omniprésente. Cette « garde blanche » fait peur. Elle a tous pouvoirs. Devant elle, gendarmes et policiers s’inclinent. Les seuls Africains acceptés à la G.P. seront des Batékés, des gabonais de la tribu du Président Bongo. […]


Léon M’ba meurt le 28 novembre à l’hôpital Claude Bernard. A trente-deux ans, Bongo devient Président du Gabon. Une page de l’histoire du pays est tournée. Bongo prépare avec Delauney de grandes funérailles nationales au « Père de la Nation ». La dépouille mortelle, sur laquelle le général a tenu à s’incliner à Paris, arrive à Libreville en DC 8.

Vendredi 3 Décembre 2010
Auditeur Libre de LVDPG : LeGaboma
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1.Posté par jean sebastien le 07/01/2011 04:14 | Alerter
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