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Aux sources historiques de la crise ivoirienne

Le site de la Liberté - LVDPG - Presse Gabonaise & Internationale le Jeudi 5 Mai 2011 à 08:33 | Lu 610 fois



Auteur : Emmanuel Martin

Comment comprendre le conflit post-électoral en Côte d’Ivoire ? Une partie de la réponse se trouve dans des raisons historiques liées au modèle économique choisi à l’indépendance, au problème de la propriété et à ce concept dangereux qu’est l’ivoirité.

Les tares d’un modèle économiste dirigiste

A l’indépendance, la Côte d’Ivoire poursuit un modèle dirigiste de développement fondé sur l’exploitation du cacao. Malheureusement, l’avènement de la concurrence internationale fait baisser les prix de la ressource. La « crise du cacao » en Côte d’Ivoire apparaît ainsi à la fin des années soixante dix, début des années 80, touchant une économie basée essentiellement sur l’exploitation de la précieuse fève. Le modèle dirigiste étouffant toute marge de manœuvre pour diversifier l’économie, la crise s’installe durablement, entraînant une situation économique catastrophique à la fin des années 80.

L’insatisfaction gagnant les populations, celles-ci, fait surprenant pour l’époque, commencent à manifester et à critiquer ouvertement le Président Houphouët-Boigny à l’occasion des élections de 1990. Il faut dire que « Le Vieux » avait engagé la « guerre du cacao » à la fin des années 80 et avait perdu son pari. Les cours du cacao chutant avec la montée de la concurrence internationale, mais la Côte d’Ivoire étant un acteur majeur mondial (elle produit aujourd’hui toujours 40% du cacao mondial), Houphouët avait en effet décidé de temporairement geler l’offre ivoirienne sur le marché mondial pour faire monter les cours. Pari raté ; mais au passage les revenus du cacao ne rentrant plus, la crise touche évidemment toute la filière de manière encore plus aiguë : la crise économique s’amplifie.
Deux éléments supplémentaires vont se combiner avec la crise économique due au modèle économique choisi, pour conduire à la déchirure.

Le problème de la propriété

La propriété est un élément central du développement. Elle donne sa dignité à chacun, et nous permet de nous projeter dans le futur : parce que ceci est à moi, je vais en prendre soin et le faire fructifier. Mais elle nécessite une sécurité juridique, de manière à ce qu’il y ait une certitude sur l’identité des propriétaires. Il ne peut y avoir d’investissement durable sans cela. Cela suppose la tenue précise d’un cadastre, de sorte que les droits de propriété soient correctement définis, que les transferts de propriété par don ou transaction soient enregistrés et que les litiges puissent ainsi être tranchés sur la base la plus claire possible.

Cependant, en Côte d’Ivoire l’appropriation ne s’est pas faite sur une base des plus claires. En effet, en liaison avec le modèle économique choisi, fondé sur les cultures de rente, le Président Houphouët-Boigny avait ouvert le pays de sorte que des immigrés, notamment du Burkina, viennent en Côte d’Ivoire pour y travailler la terre : « la terre appartenait à celui qui la cultivait ». Sauf que tout cela est resté dans le domaine de l’oral. Or, sans preuve écrite, sans titre formel, sans cadastre précis, ce genre d’appropriation « floue » allait rapidement mener au conflit lorsque, la crise économique aidant, des Ivoiriens allaient rentrer au village pour y cultiver « leurs » terres – désormais occupées et mises en valeur par des étrangers. Même la réforme foncière de 1998 tendant à formaliser la propriété n’a pas réussi à résoudre les tensions dans les origines contradictoires des propriétés.

L’ivoirité, un concept raciste

Les tensions entre Ivoiriens et immigrés ont alors été exacerbées davantage, et ce, par un concept raciste : l’ivoirité. C’est Henri Konan Bédié, Président de l’Assemblée nationale et, après la mort du « Vieux » en 1993, président par intérim, qui, pour se débarrasser du concurrent Alassane Ouattara (premier ministre d’Houphouët) aux présidentielles de 1995, brandit ce nouveau concept d’ivoirité : pour être président il faudra désormais être né de père et de mère ivoiriens (un « vrai ivoirien »). Ce qui n’est pas le cas de Ouattara, qui vient du Burkina... mais qui a pourtant été Premier Ministre de la Côte d’Ivoire !

Car Bédié ne pourra vraisemblablement pas gagner contre Ouattara : ce dernier est populaire, vient du FMI, a piloté les réformes et est donc soutenu par la communauté internationale. D’où l’arme de l’ivoirité pour évincer Ouattara, le « mauvais ivoirien », du Nord, et musulman. Bédié gagne mais il a ouvert la porte de la division ethnique mais également, de manière indirecte, religieuse (que Houphouët avait au contraire évitée) entre chrétiens (plutôt au sud) et musulmans (au nord), ces derniers se sentant solidaires de Ouattara.

Si Bédié, qui est aussi champion des détournements de fonds d’aide, est démis par un putsch à Noël 1999 mené par le général Gueï, ce dernier aura lui aussi le malheur de ne pas faire taire les démons tribaux en les utilisant plutôt pour assoir son pouvoir dans la division, nourrissant la grogne dans les rangs. Et après un putsch raté de soldats nordistes essentiellement musulmans, Gueï pratiquera des purges qui donneront naissance aux prémices de la rébellion du Nord. Si Laurent Gbagbo quant à lui, avait boycotté les élections de 1995 par solidarité avec Ouattara, il se ralliera à cette idée dangereuse d’ivoirité en 2000. Le jour de son investiture est marqué par le drame de Yopougon où des gendarmes massacrent des pro-Ouattara déçus que leur candidat ait été à nouveau évincé.

Le concept d’ivoirité a été officiellement abandonné en 2003, à la faveur des accords de Marcoussis, mais il a durablement gangrené le pays.

Crise économique, incertitude sur la propriété et racisme ont réalisé un cocktail détonnant. Trois domaines où les hommes politiques ont une responsabilité effarante : choix d’un modèle économique rigide, échec à mettre en place des institutions efficaces, promotion de la division raciale. Autant de causes historiques qui permettent de mieux comprendre la situation actuelle.
Emmanuel Martin est analyste pour www.unmondelibre.org

Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org



Jeudi 5 Mai 2011
LVDPG - Presse Gabonaise & Internationale
Vu (s) 610 fois




1.Posté par akeba le 05/05/2011 09:36 | Alerter
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Laissez cela a l'histoire, on 'en a marre a present, contez nous autre chose plus gaie.

2.Posté par SCO le 05/05/2011 11:00 | Alerter
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@akeba, je partage ton avis. C'est vrai que c'est bon de faire un rappel historique pour ceux qui prennent le train en marche mais je pense que les ivoiriens ont surtout besoin d'un discours pacificateur en ce moment.

3.Posté par ALASSANE OUATTARA, QUI SUIS-JE ? le 05/05/2011 11:08 | Alerter
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Ado au Forum en 2001.

Je me présente. Je suis Alassane Ouattara, né le 1er janvier 1942 à Dimbokro comme l'atteste mon acte de naissance. La déclaration de naissance établie par le Médecin Capitaine BERGOUNIOU peut être consultée à tout moment et en toute liberté à Dimbokro. Mon père s'appelait Dramane Ouattara et ma mère s'appelle Nabintou Ouattara née Cissé. Mon père Dramane Ouattara est Ivoirien. Il est de Kong en Côte d'Ivoire, descendant de l'Empereur Sékou Ouattara, bien connu des historiens de notre pays. Après avoir été enseignant, il est devenu représentant de la CFAO et commerçant.

De Kotobi, il s'est installé à Dimbokro où je suis né et où se trouve encore notre cour familiale, occupée aujourd'hui par mon frère Sinali. Dramane Ouattara est très connu dans la boucle du cacao à Bongouanou, à Kotobi où est né Gaoussou, mon grand frère, présent dans cette salle. Mon père a eu à exercer à Sindou non loin de la frontière ivoirienne, les fonctions de chef traditionnel de village. Sindou faisait partie de l'ancien empire de Kong qui couvrait alors une partie de la Côte d'Ivoire, du Mali et du Ghana. Je suis de la lignée de l'Empereur Sékou Ouattara, fondateur de l'Empire de Kong au début du 17ème siècle. Le 1er de mes ancêtres qui a foulé notre sol vers les années 1700 s'appelait Tiéba. Il était accompagné de ses enfants Sékou (dont je suis de la sixième génération), Famagan, Dabla et Karakara. C'est son fils Sékou qui a est le fondateur de Kong.

Sékou Ouattara, souverain des Etats de Kong a donné naissance à Djoridjan Ouattara, qui lui-même a donné naissance à Soumaoulé Ouattara, qui à son tour a mis au monde Aboubacar Ouattara, mon grand-père. Et c'est vers 1888 que naquit mon père Dramane Ouattara. Vous savez que je parle d'une époque où les frontières n'existaient pas. Nos traditions et les règles de succession dans ces chefferies ignoraient les frontières héritées de la colonisation. C'est ainsi que conformément aux règles et procédures de succession propres à chaque communauté, mon père un Ivoirien authentique, descendant de Sékou Ouattara s'est retrouvé chef à Sindou. Bien qu'étant chef à Sindou, il n'a jamais cessé d'être Ivoirien. A preuve, à chacun de ses passages entre la Haute-volta et la Côte d'Ivoire, les autorités frontalières constataient ses allées et venues dans son passeport ivoirien. Nos parents Akan savent bien de quoi je parle.

Ainsi, des Ivoiriens règnent sur des villages situés au Ghana et en Côte d'Ivoire des Ghanéens sont chefs. C'est le cas du Roi de Krinjabo dans le Samwi qui a été Capitaine de l'armée ghanéenne. Une anecdote : Quand mon père était à Sindou, il avait sa grande radio Grundig fixée en permanence sur les fréquences des émissions de la radio ivoirienne parce que à tout moment, il voulait des nouvelles de chez nous. Pour lui, c'était le fil qui le rattachait à son pays en dehors des visites qu'il recevait et des voyages qu'il effectuait à Dimbokro et à Kong. Faut-il encore le rappeler? Mon père, Dramane Ouattara, n'a jamais été voltaïque ou burkinabé. J'en veux aussi pour preuve sa carte nationale d'identité établie le 20 mars 1963 à Dimbokro par le commissaire de police de l'époque et non en 1952. La voici ! Le Directoire du Forum en a pris connaissance.
Quant à ma mère, elle est originaire de Gbéléban dans le département d'Odienné.

Elle est née à Dabou où mon grand-père Ibrahim Cissé a passé une bonne partie de sa vie au quartier Dioulabougou, entre la gare routière et la Mosquée. Mes compatriotes Adjoukrou le connaissaient très bien. Il avait des plantations à Akakro où je suis allé bien souvent le voir. Tenez, l'un de mes oncles s'appelait Mamadou Akakro. J'ai eu la chance d'avoir une mère dont les parents étaient amenés à se déplacer beaucoup hors de Côte d'Ivoire à cause de leurs activités. Ils étaient pour cela obligés d'avoir des papiers. A titre d'exemple, ma mère m'a remis le passeport de mon grand-père Ibrahim Cissé, né en 1868 à Gbéléban, passeport que voici. Il est disponible donc et il peut être consulté à tout moment. Ainsi, mon grand-père maternel est bien Ivoirien. Donc, Nabintou Cissé, sa fille, l'est aussi. Elle est encore vivante et Dieu merci, elle se porte bien. Elle est ici dans cette salle. Figurez-vous, que dans la campagne de dénigrement qui avait été orchestrée contre moi, on avait prétendu qu'elle n'était pas ma vraie mère ! Alors, nous nous sommes volontairement soumis à un test ADN, ma mère, mon frère Ibrahim qu'on appelle « photocopie » tellement il me ressemble, mes deux sours de « même mère et de même père », comme on le dit couramment chez nous, Rockya et Sita. Le test ADN est formel. Il confirme sans ambiguïté aucune que Nabintou Ouattara, née Cissé, est bien ma mère et que je suis bien son fils. Le test ADN est à la disposition du Directoire. De même, Ibrahim, Rockya et Sita sont reconnus comme étant ses enfants, et donc bien mon frère et mes sours. Or, ils sont tous reconnus comme étant ivoiriens.

J'ai d'autres frères et sours. Je ne voudrais pas les nommer tous. L'un de mes aînés s'appelle Yssouf. Il réside à Treichville. Il est même dans cette salle. Il est Ivoirien. Sa mère est Adjoukro. Elle vient de Kosrou.

En conclusion, mon père est Ivoirien de naissance, ma mère est Ivoirienne de naissance, Voici l'original de la CNI de ma mère.
Mes grands-parents sont Ivoiriens de naissance, mes frères et sours sont tous Ivoiriens de naissance. Tous ont leur certificat de nationalité ivoirienne, sauf moi. Que suis je alors ? Qu'ai-je donc fait pour être différent ?
Qu'est-ce qui peut justifier cette conspiration contre ma personne ?
Est-ce parce que j'ai abandonné mes fonctions de Directeur Général Adjoint du Fonds Monétaire International en 1999 pour répondre à l'appel du RDR ? Est-ce parce que j'ai accepté d'en être son Président, puis son candidat ?
Est-il normal qu'on inflige à une mère de plus de 80 ans une telle humiliation en la soumettant à un interrogatoire de plus de quatre heures au motif qu'elle n'est pas ma mère ? Vous chers compatriotes, qui d'entre vous accepterait que sa mère subisse un tel traitement ? Une telle attitude est indécente et contraire à notre culture et à la dignité humaine.

J'aime ma mère comme je respecte la mère de chacun d'entre vous. Ma mère ne peut pas être la cible des folies de certains hommes politiques. Non contents de chercher à me «voler» ma nationalité, mes adversaires veulent m'arracher l'être qui m'est le plus cher au monde. Hadja ! Je te demande pardon pour tout ce que tu as subi à cause de moi. Je te serais reconnaissant toute ma vie pour ton courage, ton soutien moral et tes prières pour que la vérité apparaisse au grand jour. Est-ce normal, parce que j'ai décidé de me mettre au service de mon pays, qu'on traque mes proches, qu'on poursuive et assassine tant de militants et sympathisants du RDR ? Est-ce normal qu'on ait cherché à kidnapper mon épouse le mardi 3 octobre 2000 et à nous tuer le 26 octobre 2000 en attaquant notre résidence ? Est-ce normal qu'on ait jeté en prison en octobre 1999, Madame le Ministre Henriette Dagri Diabaté, femme de convictions, et de nombreux responsables du RDR parce que tout simplement, ils ont manifesté leur indignation face au traitement qui était infligé à notre parti et à ma personne, à la Radio et à la Télévision Nationales ? Chaque année, je venais passer mes vacances scolaires soit à Dimbokro soit auprès de mes oncles maternels à Gagnoa. C'étaient de grands commerçants. Abdoulaye Cissé et Feu Mamadou Cissé dit Mamadou Akakro m'ont permis de parcourir la Côte d'Ivoire à bord de leurs camions (les T45). Lakota, Divo, Gagnoa, Man, Abengourou, San Pédro étaient quelques unes de leurs destinations. Grâce à eux, j'ai eu l'avantage de découvrir très jeune la Côte d'Ivoire profonde. Avant de quitter le registre familial pour aborder mon cursus scolaire et ma carrière professionnelle, je voudrais ajouter que j'ai été marié une 1ère fois avec une américaine - et non une jamaïcaine -. Je me suis remarié en 1991 avec Dominique Nouvian qui est française.



4.Posté par InfosPourTous le 05/05/2011 12:21 | Alerter
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Et que dites vous de ceci... http://wp.me/P1vF6A-as

5.Posté par un peu d'objectivité le 05/05/2011 12:53 | Alerter
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Le dimanche 2 décembre 2001

INTERVENTION D” ADO AU FORUM POUR RETABLIR SA VERITE.

Monsieur le Président du Directoire, le Premier Ministre Seydou Diarra,

Mesdames et Messieurs les membres du Directoire,

Mesdames et Messieurs les membres statutaires du Forum,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les élus

Mesdames et Messieurs les Représentants des Présidents Du Gabon, du Sénégal et
du Togo,

Mesdames et Messieurs, les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs les Chefs religieux,

Mesdames et Messieurs les Chefs traditionnels,

Mesdames et Messieurs,

Chers frères et chères sœurs

Je souhaitais ce moment et je l'attendais depuis longtemps, très longtemps.
C'est la première fois, en effet, depuis que j'ai quitté le 9 décembre 1993 mes
fonctions de Premier Ministre et de Chef de gouvernement que j'ai l'occasion de
m'adresser à tous mes compatriotes sur nos média d'Etat. J'ai tellement besoin
de vous parler sans intermédiaire chers frères et sœurs que le temps qui m'est
accordé me paraît insuffisant. Nos chefs traditionnels qui m'ont fait l'honneur
de venir me rencontrer, il y a quelques jours à Libreville au Gabon, peuvent en
témoigner. Il m'a fallu six heures pour leur dire ce que je désirais leur
communiquer. Je n'avais jamais eu l'occasion de le faire auparavant. Ce matin,
ils sont encore dans cette salle. Je profite de l'occasion pour les saluer et
les remercier pour le rôle important qu'ils ont joué dans le règlement de la
crise que traverse notre pays. Je vous suis particulièrement reconnaissant à
vous Monsieur le Président du Directoire, Monsieur Seydou Diarra, et à tous vos
collaborateurs de m'offrir la possibilité aujourd'hui de faire partager avec
nos concitoyens ma passion pour notre pays, mon ambition pour la Côte d'Ivoire qui nous
appartient à tous, ma vision de l'avenir, mais aussi mes préoccupations. Je
voudrais ici vous exprimer mes profonds regrets de n'avoir pas pu répondre au
rendez-vous du 13 novembre dernier. Vous en connaissez les raisons.

C'est l'occasion pour moi de vous rendre hommage à vous, Mesdames et Messieurs
du Directoire et plus particulièrement au Premier Ministre Seydou Diarra pour
les efforts que vous déployez pour que les Ivoiriens acceptent de se donner la
main pour construire ensemble notre beau pays, malheureusement déchiré par tant
de querelles inutiles. En ce qui me concerne, je suis sûr que nombreux sont nos
compatriotes qui attendent que je lève définitivement des coins d'ombre de ma
vie et de mon histoire parce que tant de choses ont été dites sur moi, ma
famille et mes parents. En effet, pendant huit ans, j'ai été l'objet d'une
véritable campagne de dénigrement dans certains journaux, à la Radio Nationale et
à la Télévision
nationale sans que la parole me soit donnée pour faire des suggestions ou pour
répondre aux calomnies et contre-vérités qui ont été distillées dans l'opinion
contre moi. Que n'a-t-on pas dit et écrit sur mon compte, sur ma famille, sur
mes parents, sur mes frères et sœurs et sur nos proches ? Pour mieux
m'exclure du débat politique national, j'ai été tour à tour traité d'étranger,
de faussaire, d'usurpateur, et d'ennemi de mon pays que je crois pourtant avoir
servi avec loyauté et honnêteté durant toute ma carrière. Je vous parlerai donc
d'abord de ma famille, de moi, de ma carrière, de la question de ma
nationalité, de mon bilan en tant que Premier Ministre de 1990 à 1993, de la
succession du Président Félix Houphouët-Boigny. Je sais que cela intéresse
beaucoup certains de mes compatriotes. Il faut répondre à leur attente en
apportant tous les éclaircissements nécessaires. Même si, ce qui essentiel à mes yeux, c'est la
recherche des voies et moyens pour aboutir à une vraie réconciliation.
Dans la dernière partie de mon exposé, je vous livrerai mes réflexions sur la
situation économique et sociale de notre pays avant de vous faire part de ma
vision pour que notre chère Côte d'Ivoire retrouve sa sérénité et renoue avec
la prospérité.

Alassane Ouattara, qui suis-je ?

Je me présente. Je suis Alassane Ouattara, né le 1er janvier 1942 à Dimbokro
comme l'atteste mon acte de naissance. La déclaration de naissance établie par
le Médecin Capitaine BERGOUNIOU peut être consultée à tout moment et en toute
liberté à Dimbokro. Mon père s'appelait Dramane Ouattara et ma mère s'appelle
Nabintou Ouattara née Cissé. Mon père Dramane Ouattara est Ivoirien. Il est de
Kong en Côte d'Ivoire, descendant de l'Empereur Sékou Ouattara, bien connu des
historiens de notre pays.

Après avoir été enseignant, il est devenu représentant de la CFAO et commerçant. De
Kotobi, il s'est installé à Dimbokro où je suis né et où se trouve encore notre
cour familiale, occupée aujourd'hui par mon frère Sinali. Dramane Ouattara est
très connu dans la boucle du cacao à Bongouanou, à Kotobi où est né Gaoussou,
mon grand frère, présent dans cette salle.

Mon père a eu à exercer à Sindou non loin de la frontière ivoirienne, les
fonctions de chef traditionnel de village. Sindou faisait partie de l'ancien
empire de Kong qui couvrait alors une partie de la Côte d'Ivoire, du Mali et du
Ghana.

Je suis de la lignée de l'Empereur Sékou Ouattara, fondateur de l'Empire de
Kong au début du 17ème siècle.

Le 1er de mes ancêtres qui a foulé notre sol vers les années 1700 s'appelait
Tiéba. Il était accompagné de ses enfants Sékou (dont je suis de la sixième
génération), Famagan, Dabla et Karakara. C'est son fils Sékou qui a est le
fondateur de Kong. Sékou Ouattara, souverain des Etats de Kong a donné
naissance à Djoridjan Ouattara, qui lui-même a donné naissance à Soumaoulé
Ouattara, qui à son tour a mis au monde Aboubacar Ouattara, mon grand-père. Et
c'est vers 1888 que naquit mon père Dramane Ouattara.

Vous
savez que je parle d'une époque où les frontières n'existaient pas.

Nos traditions et les règles de succession dans ces chefferies ignoraient les
frontières héritées de la colonisation.

C'est ainsi que conformément aux règles et procédures de succession propres à
chaque communauté, mon père un Ivoirien authentique, descendant de Sékou
Ouattara s'est retrouvé chef à Sindou.

Bien qu'étant chef à Sindou, il n'a jamais cessé d'être Ivoirien. A preuve, à
chacun de ses passages entre la
Haute-volta et la
Côte d'Ivoire, les autorités frontalières constataient ses
allées et venues dans son passeport ivoirien.

Nos
parents Akan savent bien de quoi je parle.

Ainsi, des Ivoiriens règnent sur des villages situés au Ghana et en Côte
d'Ivoire des Ghanéens sont chefs. C'est le cas du Roi de Krinjabo dans le Samwi
qui a été Capitaine de l'armée ghanéenne. Une anecdote : Quand mon père était à
Sindou, il avait sa grande radio Grundig fixée en permanence sur les fréquences
des émissions de la radio ivoirienne parce que à tout moment, il voulait des
nouvelles de chez nous. Pour lui, c'était le fil qui le rattachait à son pays
en dehors des visites qu'il recevait et des voyages qu'il effectuait à Dimbokro
et à Kong. Faut-il encore le rappeler? Mon père, Dramane Ouattara, n'a jamais
été voltaïque ou burkinabé. J'en veux aussi pour preuve sa carte nationale
d'identité établie le 20 mars 1963 à Dimbokro par le commissaire de police de
l'époque et non en 1952. La voici ! Le Directoire du Forum en a pris
connaissance. Quant à ma mère, elle est originaire de Gbéléban dans le
département d'Odienné. Elle est née à Dabou où mon grand-père Ibrahim Cissé a
passé une bonne partie de sa vie au quartier Dioulabougou, entre la gare
routière et la Mosquée.
Mes compatriotes Adjoukrou le connaissaient très bien. Il
avait des plantations à Akakro où je suis allé bien souvent le voir. Tenez,
l'un de mes oncles s'appelait Mamadou Akakro. J'ai eu la chance d'avoir une
mère dont les parents étaient amenés à se déplacer beaucoup hors de Côte
d'Ivoire à cause de leurs activités. Ils étaient pour cela obligés d'avoir des
papiers. A titre d'exemple, ma mère m'a remis le passeport de mon grand-père
Ibrahim Cissé, né en 1868 à Gbéléban, passeport que voici. Il est disponible
donc et il peut être consulté à tout moment. Ainsi, mon grand-père maternel est
bien Ivoirien. Donc, Nabintou Cissé, sa fille, l'est aussi. Elle est encore
vivante et Dieu merci, elle se porte bien. Elle est ici dans cette salle.

Figurez-vous, que dans la campagne de dénigrement qui avait été orchestrée
contre moi, on avait prétendu qu'elle n'était pas ma vraie mère ! Alors, nous
nous sommes volontairement soumis à un test ADN, ma mère, mon frère Ibrahim
qu'on appelle « photocopie » tellement il me ressemble, mes deux sœurs de «
même mère et de même père », comme on le dit couramment chez nous, Rockya et
Sita. Le test ADN est formel. Il confirme sans ambiguïté aucune que Nabintou
Ouattara, née Cissé, est bien ma mère et que je suis bien son fils. Le test ADN
est à la disposition du Directoire. De même, Ibrahim, Rockya et Sita sont
reconnus comme étant ses enfants, et donc bien mon frère et mes sœurs. Or, ils
sont tous reconnus comme étant ivoiriens. J'ai d'autres frères et sœurs. Je ne
voudrais pas les nommer tous. L'un de mes aînés s'appelle Yssouf. Il réside à
Treichville. Il est même dans cette salle. Il est Ivoirien. Sa mère est
Adjoukrou. Elle vient de Kosrou. En conclusion, mon père est Ivoirien de
naissance, ma mère est Ivoirienne de naissance, Voici l'original de la CNI de ma mère. mes
grands-parents sont Ivoiriens de naissance, mes frères et sœurs sont tous
Ivoiriens de naissance. Tous ont leur certificat de nationalité ivoirienne,
sauf moi. Que suis je alors ? Qu'ai-je donc fait pour être différent ?
Qu'est-ce qui peut justifier cette conspiration contre ma personne ? Est-ce
parce que j'ai abandonné mes fonctions de Directeur Général Adjoint du Fonds
Monétaire International en 1999 pour répondre à l'appel du RDR ? Est-ce parce
que j'ai accepté d'en être son Président, puis son candidat ? Est-il normal
qu'on inflige à une mère de plus de 80 ans une telle humiliation en la
soumettant à un interrogatoire de plus de quatre heures au motif qu'elle n'est
pas ma mère ? Vous chers compatriotes, qui d'entre vous accepterait que sa mère
subisse un tel traitement ?

Une telle attitude est indécente et contraire à notre culture et à la dignité
humaine. J'aime ma mère comme je respecte la mère de chacun d'entre vous. Ma
mère ne peut pas être la cible des folies de certains hommes politiques. Non
contents de chercher à me «voler» ma nationalité, mes adversaires veulent
m'arracher l'être qui m'est le plus cher au monde. Hadja ! Je te demande pardon
pour tout ce que tu as subi à cause de moi. Je te serais reconnaissant toute ma
vie pour ton courage, ton soutien moral et tes prières pour que la vérité
apparaisse au grand jour. Est-ce normal, parce que j'ai décidé de me mettre au
service de mon pays, qu'on traque mes proches, qu'on poursuive et assassine
tant de militants et sympathisants du RDR ? Est-ce normal qu'on ait cherché à
kidnapper mon épouse le mardi 3 octobre 2000 et à nous tuer le 26 octobre 2000
en attaquant notre résidence ? Est-ce normal qu'on ait jeté en prison en
octobre 1999, Madame le Ministre Henriette Dagri Diabaté, femme de convictions,
et de nombreux responsables du RDR parce que tout simplement, ils ont manifesté
leur indignation face au traitement qui était infligé à notre parti et à ma
personne, à la Radio
et à la
Télévision Nationales ? Chaque année, je venais passer mes
vacances scolaires soit à Dimbokro soit auprès de mes oncles maternels à
Gagnoa. C'étaient de grands commerçants. Abdoulaye Cissé et Feu Mamadou Cissé
dit Mamadou Akakro m'ont permis de parcourir la Côte d'Ivoire à bord de leurs camions (les T45).
Lakota, Divo, Gagnoa, Man, Abengourou, San Pédro étaient quelques unes de leurs
destinations. Grâce à eux, j'ai eu l'avantage de découvrir très jeune la Côte d'Ivoire profonde. Avant
de quitter le registre familial pour aborder mon cursus scolaire et ma carrière
professionnelle, je voudrais ajouter que j'ai été marié une 1ère fois avec une
américaine – et non une jamaïcaine -.

Je me suis remarié en 1991 avec Dominique Nouvian qui est française. Mon cursus
scolaire et ma carrière J'ai commencé l'école primaire à Dimbokro et ensuite,
j'ai suivi mon père à Sindou. Là-bas, à l'école primaire comme au lycée plus
tard à Bobo Dioulasso, on m'appelait « le petit Ivoirien ». Après mes études
secondaires sanctionnées par le Baccalauréat en 1962 à Ouagadougou, j'ai
bénéficié d'une bourse américaine. La question que se posent souvent les
personnes sceptiques est la suivante : s'il n'est pas voltaïque, comment a-t-il
pu bénéficier d'une bourse au titre de la Haute Volta ? La
réponse est simple : les bourses offertes pour effectuer des études à
l'extérieur d'un pays étaient attachées à cette époque au territoire et non à
la nationalité du bénéficiaire. Ainsi,
ils sont légions les ressortissants des pays voisins qui ont fait leurs études
avec des bourses étrangères offertes à la Côte d'Ivoire. On ne choisit pas forcément
dans une classe ou dans un établissement scolaire les personnes de la
nationalité du pays mais les meilleurs élèves même s'ils ne sont pas des
nationaux. A leur lieu de destination, ils sont classés automatiquement dans le
contingent du pays de départ. Beaucoup de ces personnes sont aujourd'hui
établies dans leurs pays d'origine. Tel est mon cas. A cause de ce qu'on a
raconté à ce sujet, l'Ambassadeur Frédéric Guirma qui représentait la Haute-Volta aux
Etats-Unis en 1962, a
été amené à faire plusieurs mises au point à travers des interviews dans des
journaux dont Jeune Afrique et la radio anglaise BBC, précisant que j'ai
bénéficié de cette bourse en tant qu'Ivoirien. De plus, il a écrit à mon
conseil Maître Emmanuel Assi pour témoigner de ce que je n'avais pas la
nationalité voltaïque. Grâce à cette bourse américaine, j'ai étudié à l'Institut
de Technologie de Drexel et à l'Université de Pennsylvanie où j'ai obtenu mon
Doctorat d'Etat en Sciences Economiques(PHD in Economics). Comme économiste,
j'ai commencé ma carrière professionnelle au FMI. Cela a été une expérience
enrichissante puisque j'ai eu l'occasion ainsi de visiter de nombreux pays et
de m'enrichir de multiples expériences à travers le monde. J'ai été heureux
d'avoir été recruté quelques années après à la BCEAO, dont le siège était alors à Paris car cela
me donnait l'occasion de travailler enfin pour mon pays.

J'ai gravi les échelons à la
Banque Centrale où j'ai assumé les fonctions de Directeur des
Etudes et de Conseiller Spécial du Gouverneur Abdoulaye Fadiga. De ce passage à
la BCEAO, on
peut retenir l'assistance que j'ai modestement apportée au Gouverneur Fadiga
pour le transfert de la BCEAO
de Paris à Dakar et la mise en place de la politique du personnel, du cadre
administratif et de la politique monétaire de la Banque Centrale. C'est à Dakar, dans le cadre d'un accord
entre les autorités voltaïques d'alors et le Président Félix Houphouët-Boigny,
que j'ai été nommé en 1982 vice-gouverneur de la BCEAO, poste normalement
dévolu au Burkina Faso. Le Président Houphouët Boigny avait certainement ses
raisons. Mais dès que le Président Sankara eut accédé au pouvoir en
Haute Volta, il exigea que je sois remplacé par un Burkinabé. Ce qui a été
fait. Dans l'exercice de mes fonctions à la BCEAO, un
passeport diplomatique m'a été délivré par la Haute-Volta. Tout le monde sait que le passeport diplomatique n'est
pas un acte d'identité. Il peut être délivré par un Etat souverain à des
étrangers dans l'exercice d'une fonction. Ainsi, en Côte d'Ivoire, de très
nombreux étrangers, Français, Angolais, Sud Africains, Maliens, … en
bénéficient légalement. Par ailleurs, d'autres Ivoiriens, et non des moindres,
ont utilisé comme documents de voyage des passeports diplomatiques Burkinabés
ou Togolais. Tout le monde le sait, et pour ceux là, personne, apparemment, ne
se pose de questions. On me reproche d'avoir utilisé le passeport diplomatique
voltaïque pour établir les actes notariés d'achat de biens immobiliers et une
fiche d'ouverture de compte bancaire. Demandez à n'importe quel juriste, il
vous expliquera que ces actes sont de nature purement commerciale et n'ont donc
pas pour effet d'établir une nationalité. C'est cela la vérité. C'est le lieu
de préciser que tout en étant détenteur d'un passeport diplomatique de la Haute-Volta, jamais,
je n'ai été fonctionnaire dans l'administration publique burkinabé. Jamais, je
n'ai travaillé dans le secteur privé au Burkina Faso. On peut le vérifier. Pour
compléter cette présentation, j'ai occupé les fonctions de Directeur Afrique du
Fonds Monétaire International de 1984 à 1988. Mon retour dans cette institution
s'est fait après consultation non pas des autorités burkinabées mais du
Président Félix Houphouët-Boigny qui m'a encouragé à accepter cette proposition
parce que, pour lui, c'était une fierté qu'un Ivoirien soit promu à ce niveau
dans une institution financière aussi prestigieuse. Il a même comparé cette
perspective à sa propre expérience politique dans le gouvernement français. Au
décès du Gouverneur Abdoulaye Fadiga, à qui je dois beaucoup dans ma carrière,
le Président Félix Houphouët-Boigny m'a fait le grand honneur de me rappeler
pour assumer, cette fois, les fonctions de Gouverneur de la BCEAO, poste réservé à la Côte d'Ivoire.

Or,
j'ai entendu le Président Laurent Gbagbo affirmer qu'il était choqué par le
fait que j'ai été vice-gouverneur au titre de la Haute-Volta. Il a
même dit qu'on ne peut pas être Gouverneur de la Banque d'Allemagne et
candidat à l'élection présidentielle en France. C'est un amalgame
regrettable. Loin de moi toute idée de polémique. Mais, il sait mieux que
quiconque, que la BCEAO
est une Institution sous régionale qui appartient à huit états d'Afrique de
l'Ouest à savoir le Bénin, le Burkina-Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le
Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Je n'ai pas été Gouverneur de la Banque Centrale du
Burkina Faso qui n'existe d'ailleurs pas. Aussi, le débat devrait être clos
dans la mesure où même le Burkina Faso ne me reconnaît pas comme un de ses
ressortissants. Qui mieux que le Burkina Faso a autorité à dire qui est ou non
son ressortissant ? Le Président Blaise Compaoré l'a précisé dans une
correspondance que j'ai versée dans mon dossier de candidature aux
présidentielles d'octobre 2000. Voici la lettre. De plus, avant de me nommer en
1994 au poste de Directeur Général Adjoint du Fonds Monétaire International, le
Directeur Général d'alors, Monsieur Michel CAMDESSUS, a pris soin de consulter,
cette fois encore, le Chef de l'Etat ivoirien et non pas le Chef de l'Etat
burkinabé. Quand la décision a été rendue publique, le Président Henri Konan
Bédié m'a adressé un télégramme de félicitations. Et pourtant, je suis rejeté
hors des frontières de mon pays et refusé par les autres. Je suis apatride.
Pouvez-vous imaginer ce que l'on ressent dans ce cas ? En 1990, face à la crise
économique sans précédent que notre pays a connue, le Père de la Nation m'a appelé pour
venir l'aider à gérer la situation. Ainsi, j'ai présidé le Comité
Interministériel de redressement et de relance économique. Puis, le Président
Félix Houphouët-Boigny m'a confié les charges de Premier Ministre et de Chef de
Gouvernement, fonctions que j'ai assumées jusqu'en décembre 1993, à sa mort.

Les faux sur les pièces d'identité Parlons-en.

J'ai été accusé de faux sur mes cartes nationales d'identité de 1982 et de
1990. Les autorités politiques d'alors qui ont porté ces graves accusations ont
ouvert une information judiciaire. Dans ce cadre, elles ont soumis ma mère,
cette femme de 80 ans à un interrogatoire de plus de quatre heures. Par la
suite, un mandat d'arrêt a été lancé contre moi. J'en ai beaucoup souffert, je
l'avoue ; parce
que j'ai bâti toute ma réputation sur mon intégrité et mon honnêteté.
J'avais la responsabilité de notre monnaie et j'ai occupé de hautes fonctions
comme celle de Directeur Général Adjoint du Fonds Monétaire International. A
l'occasion de mon départ du FMI en juillet 1999, le Conseil d'Administration
m'a même décerné, fait rare, une motion spéciale de félicitations pour ma très
grande intégrité et pour le travail accompli dans cette prestigieuse
institution. Et c'est moi que le pouvoir accuse de faux dans mon pays ! En
1982, alors qu'on avait aucun intérêt à douter de ma nationalité, ma carte
nationale d'identité m'a été établie normalement au commissariat de Marcory au
vu des documents exigés et présentés. Comme je l'avais égarée, à l'occasion des
élections générales de 1990, j'en ai fait établir tout naturellement une autre.


Où est donc le problème ? S'agissant de mon acte de mariage datant de 1966 à
Philadelphie aux Etats-Unis, tout le monde sait qu'il a été falsifié l'année
dernière pour le compte du gouvernement d'alors. A cet égard, il est bon de
rappeler que le Département d'Etat américain s'est indigné de cette
falsification d'un document établi par la justice américaine. Et une plainte a
été déposée l'année dernière pour faux et usage de faux devant le Doyen des
Juges d'instruction du Tribunal de Première Instance d'Abidjan contre les
auteurs et leurs commanditaires. Certains compatriotes rêvent aujourd'hui
encore de découvrir des faux papiers ou cherchent, au besoin, à en fabriquer. Faut-il le rappeler, le jeune Vléi Dimitri,
fut envoyé au Burkina Faso en 1999, avec la mission de faire établir à mon nom
un faux certificat de nationalité burkinabé ; cela, par une tentative de
corruption des juges, ce qui lui valut une condamnation à une peine
d'emprisonnement. Enfin, pour ce qui est de la décoration que j'ai reçue
alors que j'étais à la BCEAO,
c'est bien en tant qu'Ivoirien et non à titre de Voltaïque que j'ai été décoré
comme l'indique et l'atteste le registre de décoration qui peut être consulté à
tout moment et par tous. Il s'agit du Livre d'Or des ordres nationaux de la République de Côte
d'Ivoire – 1978 à 1986. A
la page 181, le 15ème nom est celui de Alassane Dramane Ouattara.

Chers Amis, soyons sérieux et réfléchissons un moment.

Depuis plus de 8 ans, on a cherché par tous les moyens à constituer des
dossiers dits « en béton » pour m'accabler et faire éclater une soit disant
vérité. On a dépensé une fortune, de l'argent public et on a rien trouvé parce
qu'il n'y a rien à trouver. Je ne me suis jamais prévalu d'une autre
nationalité que la mienne. Je suis Ivoirien à titre exclusif. C'est donc à
juste titre que je considère être en droit de réclamer la reconnaissance de ma
citoyenneté pleine et entière puisqu'il est juridiquement établi que je suis
Ivoirien et que je suis éligible.

La Constitution

Je remercie le
Président Laurent Gbagbo d'avoir éclairé l'opinion nationale et internationale
en avouant, publiquement, que l'article 35 de la Constitution, a été
conçu dans le seul but de m'éliminer de la course à l'élection présidentielle.
Ainsi donc, notre Constitution, la
Loi fondamentale, n'est pas impersonnelle. Pourtant, on nous
répète à l'envi qu'une Constitution ne peut être révisée pour un homme. Il nous
est loisible de rétorquer ceci : autant une constitution ne peut être faite
pour un individu, autant elle ne peut être faite contre un individu en qui des
millions d'Ivoiriens se reconnaissent. Quelle crédibilité peut-on accorder
alors à une Loi fondamentale dirigée contre un citoyen et donc contre tous ceux
qui le soutiennent ? Aujourd'hui, la preuve est faite que notre pays s'est doté
d'une Loi fondamentale facteur de division. Notre pays peut-il inspirer le
respect auquel il a droit en se dotant d'une constitution qui porte la marque
d'une telle exclusion ? Que disent nos juristes, nos hommes de loi, nos
constitutionnalistes, quand on sait que notre loi fondamentale viole les droits
élémentaires de l'homme et renferme une discrimination aussi intolérable que sous
le régime de l'Apartheid en Afrique du Sud où les noirs étaient considérés
comme des citoyens de seconde catégorie. Qui pourrait alors, après l'aveu du
Chef de l'Etat, ne pas soutenir nos revendications visant à réviser la Constitution ? C'est
le lieu de prendre à témoin la communauté internationale de la manipulation à
laquelle l'adoption de la
Constitution ivoirienne a fait l'objet de la part d'une
certaine classe politique qui rechigne à la compétition. La Chambre Constitutionnelle de la Cour Suprême a donc
utilisé des arguments fallacieux pour me barrer la route de la course à
l'élection présidentielle d'abord, aux élections législatives ensuite.
Parmi les principales raisons avancées par cette institution : l'acte
d'individualité de ma mère ne serait pas signé. Voici l'acte d'individualité
qui figure dans mon dossier de candidature. Il est bel et bien signé. C'est le
juge Kouakou Brou Bertin qui a signé cet acte. On peut l'interroger. Il est
vivant. C'est donc à juste titre que nous réclamons aussi la reprise des
élections générales.

Ma nationalité et mon éligibilité : Un problème politique Les faits sont là :
mon problème ne relève pas de la justice. Il s'agit bel et bien d'un problème
politique. Et, au delà de ma modeste personne, ce sont des millions d'Ivoiriens
qui sont exclus d'une citoyenneté authentique. Je ne suis qu'un symbole. Avant
moi, il y a eu mon frère Djéni Kobina, un homme de convictions et de courage à
qui nous devons beaucoup. Du jour au lendemain, il apprend qu'il n'est plus
Ivoirien, mais Ghanéen. Subitement. Son crime : avoir créé le RDR et s'être
porté candidat aux élections législatives de 1995 à Adjamé. Djéni en a souffert
jusqu'à sa mort. Avec lui, toute sa famille notamment Jacqueline son épouse,
Patricia, Joëlle, Franck et Isabelle ses enfants. Elle continue d'être
meurtrie. Nous aussi. Parce que Djéni nous est cher. Je me souviens du jour où
la candidature de Djéni Kobina avait été rejetée. De la conversation
téléphonique que j'ai eue avec Joëlle, une des filles : « Tonton, m'a-t-elle
dit, toute malheureuse, si Papa n'est pas Ivoirien, que sommes-nous alors ? ».
J'en ai été très ému. Lors de ses obsèques à Treichville, j'ai dit : « Plus
jamais ça ! ». Apparemment, ce cri de cœur n'a pas été entendu. L'exclusion
continue dans notre pays. Tout en rendant hommage à Djéni Kobina pour son
engagement et pour ce qu'il a fait pour notre pays, je demande sa
réhabilitation comme l'a déjà fait ici devant vous la Secrétaire Générale
du RDR. Je revendique ma solidarité avec tous les exclus de la société
ivoirienne, tous ceux qui sont rejetés à cause de leur patronyme, de leur
faciès ou de la couleur de leur peau. Le combat que je mène est un combat pour la dignité
des Ivoiriens, de tous les Ivoiriens qu'ils soient du Nord, du Centre, du Sud,
de l'Est ou de l'Ouest, qu'ils soient des métis ou qu'ils aient acquis la
nationalité ivoirienne par naturalisation. Les obstacles ne manquent
pas. Mais fort du soutien de tous, nous parviendrons à éradiquer les injustices
dont souffre une frange importante de la population ivoirienne. Car, seuls les
combats qu'on ne mène pas sont perdus d'avance. De la même façon, notre lutte
contre l'arbitraire et l'exclusion doit être poursuivie aussi pour honorer la
mémoire de tous les Ivoiriens qui ont payé de leur vie leur refus d'une
citoyenneté à deux vitesses. Par respect pour la mémoire des trop nombreuses
victimes innocentes, à commencer par Djéni Kobina, rien, je dis bien rien, ne
justifie les nombreuses tueries, les viols et les massacres dont la Côte d'Ivoire a été le
théâtre. Nous ne devons pas baisser les bras.

Si notre marche vers plus de bien-être et de progrès social a été interrompue,
c'est parce que lorsqu'il faut présenter un projet politique, on vous parle de
filiation. On vous demande qui est votre père, qui est votre mère. Est-ce cela
un programme politique susceptible d'apporter des réponses aux préoccupations
des Ivoiriens ? Assurément, non ! Le charnier de Yopougon est une honte pour le pays
d'Houphouët-Boigny. Je me demande encore comment une telle
manifestation de haine a pu se produire dans notre pays. Les auteurs d'une
telle abomination doivent être absolument recherchés, poursuivis et condamnés à
la mesure de leur crime. C'est à cette seule condition que le peuple Ivoirien
accordera son pardon aux criminels et à leurs commanditaires. Une vraie
réconciliation est à ce prix. C'est le lieu de rendre hommage à tous nos
militants, Ivoiriennes et Ivoiriens qui me soutiennent malgré les exactions,
les intimidations qu'ils subissent. Je pense plus particulièrement à tous ceux
qui ont perdu la vie parce qu'ils croyaient en moi, parce qu'ils voyaient en
moi un avocat de leur cause. Je m'incline devant la mémoire de ces martyrs et
de ces combattants de la
Liberté. Je partage la douleur de leur famille et je leur
demande pardon à tous, sans distinction d'origine, de race ou de religion.

Chers compatriotes, Si mon nom est agité comme un épouvantail, si je suis
attaqué plus que de raison, c'est parce que mes adversaires politiques ne
veulent pas que je me mette à la disposition de notre pays, de vous mes frères
et sœurs qui souffrez, qui ne savez pas de quoi demain sera fait, l'expérience
que j'ai acquise dans l'exercice de mes anciennes fonctions. Je constate avec
amusement qu'à chaque fois, à leur avènement au pouvoir, les dirigeants
successifs découvrent subitement que je ne suis plus Ivoirien. Ainsi, j'ai été
Ivoirien et éligible jusqu'en 1993, et par la suite le Président Bédié, qui me
connaît bien pourtant, a engagé des poursuites contre moi. A l'époque, le Président Gbagbo, dont
le parti était dans le Front Républicain avec le RDR, disait ne pas comprendre
que le pouvoir en place conteste ma nationalité, mieux il affirmait qu'il
fallait absolument que je sois candidat. Ensuite, au début de la Transition, le
certificat de nationalité établi par le juge Zoro a été reconnu par la justice.
Quelques mois après, en octobre-novembre 2000, la Chambre Constitutionnelle
n'a pas reconnu les certificats de nationalité dûment signés par des juges
assermentés. Il y a quelques jours encore, un nouveau rebondissement :
j'apprends avec surprise que le certificat de nationalité du mois de juillet
2000 qui avait été rejeté en octobre 2000 est à nouveau valable. Alors,
question : s'il est valable, on peut donc en établir un autre à tout moment ?
Je suis donc surpris que le juge ait refusé de m'en délivrer un nouveau. La
raison avancée, c'est que l'environnement socio-politique ne le permet pas !
Est-ce du droit ? Est-ce de la politique ?

A vous d'en juger !

Bilan : Président du Comité Interministériel et Premier Ministre Comme je l'ai
souligné à maintes reprises, je souhaite me soumettre à l'épreuve de vérité que
constitue le Forum pour la Réconciliation Nationale. C'est pourquoi il
m'apparaît important de revenir sur mon bilan en tant que Premier Ministre et
Chef de Gouvernement du Président Félix Houphouët Boigny. Mais avant cela, je
voudrais vous expliquer les circonstances dans lesquelles j'ai été nommé
Président du Comité Interministériel de redressement et de relance économique.
Contrairement à ce qui a été soutenu, aucune contrainte ne s'est exercée sur le
Président Félix Houphouët Boigny pour qu'il m'appelle à ses côtés. C'est faire
injure à la mémoire de cet homme d'Etat exceptionnel que d'affirmer que ce sont
les bailleurs de fonds qui lui ont forcé la main. Pour étayer mes propos, je
vous invite à lire l'ouvrage que Monsieur Jean-Christophe Mitterrand vient de
publier. Dans cet ouvrage intitulé « Mémoire Meurtrie » (pages 96 & 97),
Jean-Christophe Mitterrand fait un témoignage édifiant. Je le cite :

« C'était en 1990. La Côte
d'Ivoire était au plus mal économiquement. Houphouët-Boigny voulait un Premier
Ministre qui mette de l'ordre dans les finances et mène une politique
économique rigoureuse. C'est à dire impopulaire. Il avait pensé au Gouverneur
de la Banque Centrale
des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), Alassane Ouattara. Après moult
hésitations, Ouattara avait décliné son offre. Il se sentait davantage l'âme
d'un banquier que celle d'un politicien. Déconvenue d'Houphouët. De passage au
Sénégal, je reçus un coup de téléphone d'Houphouët d'Abidjan : «Ce soir, tu as
un dîner à l'Ambassade de France à Dakar auquel doit assister Ouattara.» Il
connaissait mon emploi du temps mieux que moi ! Son idée était que je fasse
«aimablement pression » sur le Gouverneur de la BCEAO. Nous étions une
douzaine d'invités autour de la table de l'Ambassadeur. Je n'avais jamais
rencontré Alassane Ouattara. Je découvrais un homme grand, mince, chaleureux,
élégant, peu disert mais intervenant toujours à propos. A la fin du dîner, je
m'isolais un moment avec lui, davantage pour le sonder vis-à-vis de la
proposition d'Houphouët que pour faire « pression sur lui » . Je lui rapportais
le coup de téléphone du « vieux », comme tout le monde appelait Houphouët en
Côte d'Ivoire. Il me fit part de ses craintes. Il lui fallait avoir les mains libres
pour assainir une économie au bord de la faillite et appliquer des décisions
impopulaires. Réduire une fonction publique pléthorique, faire rentrer l'impôt,
empêcher trop de coulage notamment sur les taxes d'importation, et contrôler le
commerce parallèle non déclaré. Le chantier s'annonçait immense.
Finalement, il accepta le poste de Premier Ministre après une conversation avec
le Chef de l'Etat et lui assura qu'il aurait les mains libres, hormis les
décisions concernant les nominations des ministres des Affaires Etrangères et
de la Défense.
Alassane Ouattara put nommer un Gouvernement essentiellement
composé de « techniciens », et ses accords avec Houphouët furent parfaitement
respectés. (Fin de citation). C'est cela la vérité !

C'est donc en toute connaissance de cause que le Président Houphouët-Boigny m'a
demandé d'assumer successivement les responsabilités de Gouverneur de la BCEAO, de Président du Comité
Interministériel de redressement et de relance économique et de Premier
Ministre. Il savait parfaitement qui j'étais. Si certains compatriotes ne me
connaissaient pas, le Président Félix Houphouët-Boigny, lui, avait suivi ma
carrière. Il est donc ridicule d'induire le peuple en erreur en insinuant qu'il
s'est fourvoyé en m'appelant à ses côtés. Sans céder à la polémique, je
voudrais rétablir ici quelques vérités concernant le bilan de mon action en
tant que Premier Ministre. Souvenez-vous, l'année 1990 a été une des années
les plus difficiles et pour le Président Houphouët-Boigny et pour la Côte d'Ivoire. En effet, le
pays était au bord du gouffre. L'Etat était quasiment en faillite. Il avait
d'énormes problèmes pour assurer les salaires des fonctionnaires. Pour sortir
de cette situation, on a rien trouvé d'autre à proposer au Président
Houphouët-Boigny que la réduction des salaires des fonctionnaires de 10%. A
l'annonce de cette mesure, les Ivoiriens descendent dans la rue. Pour la
première fois, le Président Houphouët faisait face à un mécontentement
généralisé. Plus grave, il avait été abandonné par les siens qui étaient
convaincus que c'en était fini pour le « vieux » . Un jour, il m'a fait venir
de Dakar. Je l'ai trouvé seul, tout seul et triste.

Je garde encore cette image. Il m'a proposé de rentrer au pays pour l'aider. J'ai
accepté quelque temps après, parce qu'un fils ne peut pas voir son père dans
cet état et rester inactif. Ainsi, j'ai cumulé les fonctions de
Gouverneur avec celles de Président du Comité Interministériel. Pour éviter une
aggravation de la situation sociale, j'ai donc pris la décision de ne pas
appliquer cette mesure dont les fonctionnaires ne voulaient pas. Cette décision
a été fort appréciée par tous les Ivoiriens. Le calme est revenu
progressivement. Mais il fallait faire plus au plan politique. J'ai donc
proposé au Président Houphouët d'appliquer l'article 7 de la Constitution puisque
le consensus n'existait plus. C'est ainsi que les partis politiques ont été
autorisés. Une telle revendication me paraissait légitime et, dans le souci de
favoriser un climat de paix et de promouvoir la démocratie, j'avais encouragé
le Président Houphouët à s'engager dans cette voie. En vue de poursuivre
l'action que nous avons entamée, le Président Houphouët-Boigny m'a nommé
Premier Ministre et Ministre de l'Economie et des Finances. J'étais bel et bien
ivoirien à cette période. Le Président Houphouët l'avait confirmé et nul ne
l'avait contredit. Dans la hiérarchie du PDCI-RDA, j'étais le n°2. A ce
titre, quand le Président Houphouët était absent, j'avais la responsabilité de gérer le
Parti, assisté de mon frère Laurent Dona Fologo.

Le chantier économique et social était vaste.

Nous avons pu, malgré les difficultés, réduire la gabegie, assainir l'économie,
restructurer la dette, faire rentrer l'impôt et préparer la dévaluation afin de
renouer avec la communauté internationale. Malgré la conjoncture, nous avons crée
les universités d'Abobo et de Bouaké et nous avons réhabilité les cités
universitaires et de nombreux établissements scolaires. Mieux, les
Ivoiriens se sont mis au travail. Il est vrai que j'ai été amené, à mon corps
défendant, à prendre aussi des mesures impopulaires sur lesquelles je voudrais
m'expliquer. Parmi celles ci : le raccrochage des nouveaux enseignants et la
lutte contre la fraude. D'abord le raccrochage des enseignants. Ce n'est pas de
gaîté de cœur que nous l'avons fait. Nous comprenons que les enseignants
n'aient pas accepté qu'une telle mesure leur ait été appliquée. Mais nous
étions face à un choix extrêmement difficile : maintenir les choses en l'état
ou raccrocher les nouveaux enseignants afin de pouvoir embaucher d'avantage de
jeunes sortis de l'université. Dans mon esprit, il ne s'agissait que d'une
mesure provisoire. Car j'envisageais d'y renoncer après la dévaluation, et de
revenir au décrochage. Après cette dévaluation, que mon équipe a soigneusement
préparée, le pays a engrangé des milliards. Le problème des enseignants aurait
dû être réglé dès1995. Je me réjouis que le gouvernement actuel ait mis fin à
cette inégalité de traitement. J'exprime donc mes sincères regrets à mes frères
et sœurs enseignants qui ont subi, pendant neuf ans, les effets de ce
raccrochage. Concernant la lutte contre la fraude, jamais il n'y a eu contre la
communauté libanaise un acharnement quelconque. Il est vrai que parfois des
excès ont été commis contre mes frères libanais qui, du reste, apportent
beaucoup à notre économie. C'était une incompréhension. Je sais qu'aujourd'hui,
ils sont nombreux à préférer notre méthode faite de transparence et de rigueur
au harcèlement qu'ils vivent actuellement. La succession du Président Félix
Houphouët-Boigny
On a fait croire mordicus au Président Henri Konan Bédié que je ne voulais pas
lui céder le pouvoir conformément à la Constitution. Or jamais, je n'ai eu l'intention
d'utiliser des moyens détournés pour confisquer le pouvoir. Pour moi, la Constitution devait
s'appliquer intégralement. Profondément légaliste, je ne pouvais pas m'opposer
à l'accession du Président Henri Konan Bédié au pouvoir.

Ce qui s'est passé est à mettre sur le compte des incompréhensions entre
mon aîné et moi. A ce sujet, il n'y a pas la moindre équivoque.
Quand j'ai appris qu'il était impossible de sauver le Président Félix Houphouët-Boigny,
mon souci avait été d'être fidèle à ses recommandations. Et j'ai la conviction
d'avoir été digne de la confiance qu'il a placée en ma personne. Je n'aime pas
m'étendre sur les circonstances de la mort du Président Félix Houphouët-Boigny.
Elles ont été extrêmement douloureuses pour moi.

Le coup d'Etat de 1999

A maintes reprises, des adversaires politiques m'ont fait passer pour un
putschiste. Je n'ai rien à voir avec le coup d'état de décembre 1999 ; j'ai
estimé en revanche que dans l'intérêt de la Côte d'Ivoire, tout comme la plupart des autres
leaders politiques, qu'il fallait soutenir le Comité National de Salut Public.
Je constate que ceux qui nous accusent d'être putschistes sont ceux-là mêmes
qui sont restés au gouvernement du Président Guéi alors que les ministres,
appartenant au RDR, avaient été remerciés. La Transition était bien
engagée quand tout a été mis en œuvre pour m'opposer au Général Guéi qui a été
un chef d'Etat major remarquable quand j'étais Premier Ministre. Ensemble, nous
avons servi avec loyauté le Président Félix Houphouët-Boigny ; nous avons
maintenu le pays en paix pendant les absences du Père de la Nation. Au delà de la
politique, il est donc mon frère et il le demeurera. Les propos sur la religion
La liste de mensonges qui ont été servis au peuple ivoirien soit pour
diaboliser le RDR soit pour me présenter comme un épouvantail est longue. Il
faut citer parmi eux mes rapports à la Religion. Comme
d'habitude, pour mieux m'accabler, mes propos ont été délibérément travestis.
En effet, en réponse à une question qui m'avait été posée lors d'une réunion
politique à Paris le 9 octobre 1999, j'ai répondu exactement ceci : « On brandit
ma candidature comme un péril musulman. C'est honteux. Un musulman est-il
inapte à diriger un Etat ? Abdou Diouf au Sénégal n'est-il pas musulman ? Le
Maroc a eu le Roi Hassan II et maintenant le jeune Roi Mohamed VI. Il faut
laisser les Ivoiriens choisir qui ils veulent. » Voilà tout ce que
j'ai dit. Si je suis profondément croyant, je reste attaché à la laïcité de
l'Etat. Aucune religion ne doit servir de tremplin pour l'exercice du pouvoir
d'Etat, et personnellement je respecte toutes les croyances. Il faut donc
éviter d'opposer les religions, c'est dangereux. Car, l'histoire l'a prouvé.

Les causes de la crise Les témoignages qui ont été faits devant le Directoire
du Forum m'ont conforté dans l'idée que vous êtes conscients que notre pays
traverse une grave crise, une crise politique, une crise économique, une crise
sociale mais aussi une crise de légitimité. Aussi, la réconciliation
devient-elle une priorité pour éviter que la Côte d'Ivoire, qui a connu une longue période de
paix et de stabilité grâce à la clairvoyance du Président Félix
Houphouët-Boigny, ne sombre dans le chaos. Pour atteindre cet objectif, nous ne
devons rien cacher des difficultés auxquelles le pays est confronté. Bien au
contraire. Tout au contraire, la gravité de la situation nous oblige à faire
preuve de lucidité et d'un sens élevé des responsabilités en identifiant les
causes d'une telle rupture et d'une telle crise de confiance. A cet égard, un
constat s'impose : nous, hommes politiques, nous avons pêché par égoïsme et par
inconscience. Alors que notre devoir consiste à anticiper, à montrer au peuple
la voie à suivre et à tracer des perspectives, nous nous sommes employés à
exacerber les tensions et à creuser davantage le fossé qui sépare les citoyens
dans notre pays. En désignant une frange des Ivoiriens comme des boucs
émissaires ou des pestiférés, nous avons joué les apprentis sorciers. Les
résultats du travail de sape qui a été entrepris sont catastrophiques : - la
société ivoirienne connaît une fracture réelle, - la cohésion nationale est
mise à mal. Les douloureux évènements dont nous n'avons pas fini de payer les
conséquences résultent de l'intolérance qui a été entretenue dans notre pays.
Pour n'avoir pas été à la hauteur de ce que le peuple ivoirien attendait de
nous, nous sommes comptables de la déchirure sociale et du marasme dans lequel
est plongée la Côte
d'Ivoire depuis quelques années. En ce qui me concerne, je reconnais ma part de
responsabilité dans ce qui est arrivé et je demande pardon au peuple ivoirien
qui continue de souffrir de tant de calculs politiciens. Pardon aux familles
des victimes de cette politique aveugle qui a fauché tant de nos concitoyens
dans la fleur de l'âge. C'est en faisant notre examen de conscience
sans complaisance aucune, que nous trouverons les moyens de conjurer le mauvais
sort.

La situation économique et sociale La situation économique est grave. OUI, je
l'ai dit. Selon certains, elle est même catastrophique. Elle devrait nous
interpeller tous. Pourquoi ? Les Ivoiriens sont fatigués et inquiets. Les
paysans voient leurs revenus baisser à cause de la chute des prix des produits
de base, notamment le café et le cacao. Le vieillissement du verger café/cacao
leur pose des problèmes ; les rendements ayant diminué, les produits sont de
qualité médiocre. A cet égard, il devient urgent de restaurer le secteur
agricole et offrir aux planteurs plus de revenus en les intégrant mieux à
l'économie mondiale. La vie est chère. Chaque Ivoirien le vit quotidiennement.
Le prix des denrées alimentaires a augmenté : le kilogramme de riz est passé de
160 francs l'année dernière à 275 francs et le kilogramme de viande de 1100
francs à 1300 francs. Une de mes tantes qui est à Treichville me disait, il y a
quelques jours au téléphone, qu'il faut au moins aujourd'hui 5000 francs par
jour pour nourrir une famille de dix personnes contre 3000 francs il y a encore
quelques mois. Conséquence de ce renchérissement du coût de la vie : de
nombreux Ivoiriens ne mangent pas à leur faim ou sont obligés de manger une
seule fois par jour. Même la banane, la bonne banane « Agninrin » est devenue
si chère que déguster un plat d'aloko devient un luxe pour les familles
modestes! L'électricité, l'eau et le téléphone ont connu une augmentation de
20% cette année. Le prix du carburant a augmenté deux fois dans l'année. A
titre d'exemple, le gasoil est passé de 270 francs à 335 francs puis à 410
francs le litre. Comme on le constate, la Côte d'Ivoire connaît depuis deux ans une forte
récession caractérisée par une baisse de la richesse nationale. Tous les
indicateurs sont au rouge. Parce que les économistes vous le diront : il s'agit
essentiellement d'un problème de confiance. La communauté internationale n'a pas encore repris
totalement sa coopération avec notre pays et les investisseurs manifestent une
grande méfiance à notre endroit. Malgré les assurances qui nous sont
données par le gouvernement, le pays ne va pas mieux. Nombreux sont nos
compatriotes qui vivent dans l'angoisse de perdre leur travail. Les recettes
budgétaires, nous le savons, sont surévaluées et il est certain que le pays ne
sera pas en mesure d'honorer l'ensemble de ses engagements si l'économie n'est
pas remise sur pied. Arrêtons donc de rêver en pensant que tout ira bien
dans quelques mois sans effort et sans programme économique crédible.
Il n'y a cependant pas de fatalité dans ce domaine. Nous pouvons relever le
défi de la pauvreté et du sous-développement auquel nous sommes confrontés
actuellement si nous savons nous y prendre. Les solutions existent et nous
pouvons ensemble les trouver. Chers compatriotes, souvenez-vous des premiers
mois de 1990 quand notre pays était dans une situation similaire. La
détermination d'une équipe soudée autour du Père de la Nation, soutenue par la
très grande majorité de nos compatriotes, a permis de sortir de la crise qui
nous frappait. Il est donc possible de répéter cette expérience, à condition
que nous soyons unis et déterminés, que chacun de nous apporte sa pierre à la
reconstruction de notre maison Côte d'Ivoire. C'est un travail essentiel qui
requiert la contribution de chacun de nous et je puis vous assurer que je suis prêt
à le faire dans l'intérêt national.

Les propositions de sortie de crise Mais la crise économique et sociale n'est
que la conséquence d'une crise de légitimité. Pour sortir de cette situation,
nous devons sérieusement nous atteler à l'élaboration d'une nouvelle
Constitution qui réaffirmera clairement l'égalité de droits et de devoirs de
tous les citoyens. La crédibilité des institutions étant mise en doute, et
parce qu'elles ne sont pas représentatives du peuple Ivoirien dans sa
globalité, de nouvelles élections générales doivent être organisées. De plus,
il importe de mettre fin à l'impunité. A cet égard, la lumière doit être faite
sur le charnier de Yopougon. L'exigence du maintien de l'ordre ne doit pas
justifier des exactions sur les citoyens telles qu'on les a connues ces
derniers temps. Il est important que cette mission se fasse dans le strict
respect de la loi et des droits humains. C'est le lieu d'indiquer que nos
forces de l'ordre doivent demeurer républicaines et consciencieuses de leur
devoir. En tout état de cause, le respect des Droits de l'Homme doit devenir
une préoccupation dans notre pays. Il faut donc veiller à ce que l'Etat de
droit soit renforcé. D'une manière générale, une réflexion sur notre
institution judiciaire doit être menée avec courage et objectivité. Le rôle de
la justice est fondamental dans la cohésion d'une société. C'est pourquoi, elle
doit être forte et indépendante pour répondre à l'attente des citoyens et en
retour mériter respect et fierté. C'est à ce prix que la paix et la stabilité
reviendront. Pour ce faire, prenons tous ensemble l'engagement de tourner le
dos aux comportements générateurs de conflits et d'injustice. Il est temps que
nous nous consacrions à l'essentiel en dépassant nos querelles politiciennes.
Notre pays peut s'en sortir à condition que disparaissent les injustices qui
mettent à mal la cohésion nationale. Pour que notre pays redevienne ce qu'il a
toujours été, un pays de paix et de stabilité, tous les sacrifices doivent être
possibles. C'est pourquoi, je voudrais vous dire sincèrement que je n'ai pas de
ressentiment. A mes frères, Bédié, Guéi, Gbagbo, je lance un appel pour que
nous nous ressaisissions, pour que nous nous asseyions pour discuter, selon une
formule bien connue. En ce qui concerne le Président Guéi, il n'y a pas lieu de
se demander s'il doit bénéficier ou non du statut d'ancien Chef d'Etat. Il est
évident qu'il y a droit tout naturellement, pour avoir assumé les charges de
l'Etat au plus haut niveau. Pour ma part, j'ai pardonné à mes frères Bédié,
Guéi et Gbagbo. Et je les invite à en faire autant. Si nécessaire, avec la
caution de tous ceux qui se réclament du Président Houphouët-Boigny. Car je
souffre de voir mon pays marcher à reculons et s'enfoncer dans la misère.

Conclusion Générale : Ma Vision En conclusion, j'aime mon pays. Je l'aime
profondément. J'ai une ambition pour mon pays : - faire de la Côte d'Ivoire une véritable
société démocratique, respectueuse des droits humains et de la liberté des
individus, - une société démocratique apte à inventer et à initier les
changements ce qui implique la reconnaissance et le respect de l'autre, la
participation de tous à la vie nationale, - une société de bien-être et de
progrès. Car, l'action politique n'a de sens que si elle a pour finalité le
bonheur du peuple. Mon projet, c'est d'associer toutes les Ivoiriennes et tous
les Ivoiriens au renouveau de la
Côte d'Ivoire, à la définition des principes qui la guideront
dans l'avenir et à ses grands choix. Car on ne peut faire taire une grande partie
de la Nation. On
ne peut davantage l'exclure des processus de décision. La démocratie exige
cette intervention permanente et cette participation du peuple entier. Elle
exige ce recours au dialogue et au consensus. Nous ferons redémarrer l'économie
avec la restauration de l'Etat de droit. Et nous disposons d'atouts formidables
: - des ressources humaines avec une population jeune, - des femmes dynamiques
dont le rôle doit être de plus en plus reconnu, - des cadres de grande valeur,
- des ressources naturelles avec notre potentiel agricole. Notre pays ne peut
pas se permettre d'être à contre-courant de l'évolution du monde. Il doit
renoncer à tout repli frileux, à toute idéologie fondée sur l'incitation à la
haine et le refus de l'autre. Nous devons réapprendre à vivre ensemble. La
réconciliation, la vraie réconciliation : - c'est la confiance retrouvée en nos
capacités à gérer, à nous développer et à entreprendre ensemble. - c'est la
confiance retrouvée des opérateurs économiques et des investisseurs. - c'est la
confiance retrouvée de la communauté financière internationale dont nous avons
tant besoin du soutien. Le retour des investisseurs et des bailleurs de fonds,
c'est le retour de la croissance, de la création d'emplois et de l'amélioration
du bien-être social. Soyons convaincus, ensemble, que la fin des exclusions
conditionne la vraie réconciliation, qui elle-même conditionne le retour de la
confiance.
Tout en ne perdant pas sa personnalité et son génie, la Côte d'Ivoire doit continuer
de s'ouvrir au reste du monde. C'est à cette condition qu'elle retrouvera sa
place en Afrique et dans le concert des Nations. Je suis prêt à apporter ma
contribution pour que mon pays,
Revenir en haut

6.Posté par amoin le 09/05/2011 01:20 | Alerter
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alassane ouattara reste pour moi et mes frère le MEURTRIER de mes frères et soeur,il n'est pas digne d'etre un PRESIDENT car le sol dont il foule le pied c'est sur le cadavre de mes frères et soeur tombés sous ces bales!! C'est le NEGRE de SARKOZY.

Honte a ces NOIRS qui VENDE LEURS FRERES !!!! Et qui tu leurs freres pour LE BLANC!!!

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